Témoignage

Chirurgie bariatrique : «une alimentation équilibrée aurait peut-être pu m’éviter l’opération»

Chirurgie bariatrique : «une alimentation équilibrée aurait peut-être pu m’éviter l’opération»

Annabelle, 36 ans, conductrice de bus, 2 enfants, opérée d’une sleeve en novembre 2011 pesait au départ 104 kg. Aujourd’hui, sa balance affiche 58 kg. Elle témoigne de ce qu’elle a vécu et de comment elle mange aujourd’hui. Magali Walkowicz et Elodie Sentenac, diététiciennes-nutritionnistes et auteures du Guide de la chirurgie de l’obésité commentent son récit.

Le témoignage d'Annabelle

« Les 3 chiffres sur la balance, fautes de repas trop abondants mais aussi dus à un traitement antidépresseur, ont été la sonnette d’alarme. Mes régimes hyperrestrictifs et très dissociés, intenables sur la longueur, m’ont certes amenée à maigrir mais, au final, je retrouvais mes kilos avec même une majoration.En réalité aujourd’hui, je me rends compte que je ne savais pas ce qu’était une alimentation équilibrée, ce qui aurait pu peut être m’éviter l’intervention. Mon compagnon avait été en couple avec quelqu’un qui avait subi une sleeve et m’a donc suggéré l’idée d’en subir une à mon tour. Je n’ai pas vraiment pris de temps de réflexion et tout s’est enchaîné très vite.Même si cette intervention est bénéfique pour moi et indirectement pour mes enfants aussi, j’ai une hygiène de vie par goût maintenant et non pas forcée, j’apprécie même de faire du sport. Le plus dur pour moi est de manger lentement surtout lorsque je suis au travail mais aussi le stress. Avec ce type d’intervention il faut aborder le repas sereinement sinon on ne peut pas manger, ça ne passe pas, ça fait mal. Il m’arrive de stresser parce que je redoute ce stress. De plus, je n’ai plus d’envie particulière, ce qui est un vrai casse-tête quand il s’agit de réfléchir à ce qu’on va manger. Depuis quelques temps j’ai même des fringales que je gère mal et j’ai peur de reprendre mes kilos ».

Les commentaires des diététiciennes

Les 3 chiffres sur la balance, fautes de repas trop abondants mais aussi dus à un traitement antidépresseur, ont été la sonnette d’alarme

Magali Walkowicz : la très grande majorité des patients rapportent être hyperphages. La chirurgie bariatrique est tout à fait indiquée pour eux puisqu’elle permet de réduire la quantité de nourriture ingérée. Cependant, il serait réducteur de dire que si des personnes sont obèses c’est uniquement parce qu’elles mangent trop. Le problème est bien plus complexe. D’ailleurs, dans le cas d’Annabelle, un traitement médicamenteux a aussi participé à sa prise de poids massive. On peut imaginer que ce traitement a été prescrit suite à une période émotionnellement difficile, qui a pu aussi perturber l’alimentation.

Mes régimes hyperrestrictifs et très dissociés, intenables sur la longueur, m’ont certes amenée à maigrir mais, au final, je retrouvais mes kilos avec même une majoration

Elodie Sentenac : cela est dû à l’effet yo-yo. Certains régimes très restrictifs sont intenables à long terme. Bien sûr, réduire considérablement la ration alimentaire engendre une perte de poids. Dès que cette restriction devient insupportable, le retour à une alimentation « anarchique » est inévitable. À chaque nouveau régime, le surpoids se réinstalle majoré de quelques kilos de plus. C’est connu et les autorités de santé mettent en garde sur ce phénomène.

En réalité aujourd’hui, je me rends compte que je ne savais pas ce qu’était une alimentation équilibrée, ce qui aurait pu peut être m’éviter l’intervention

M. W. : La plupart des régimes reposent sur la diabolisation d’un groupe alimentaire comme les glucides et/ou les lipides. Les différents régimes qui font la une de la presse féminine se contredisent. Résultat, les personnes adeptes des régimes sont désorientées. Les régimes les plus dangereux sur ce point, sont ceux qui au lieu d’apprendre à un patient à manger équilibré, remplacent la vraie nourriture par des sachets hyperprotéinés, divers compléments alimentaires.
L’alimentation est équilibrée quand elle compte des aliments de tous les groupes alimentaires. Ils sont tous utiles à l’organisme car ils jouent chacun un rôle précis. C’est quand on en supprime un que le déséquilibre alimentaire est présent. Ce qu’il faut en revanche, c’est savoir choisir les bons aliments dans ces groupes alimentaires et bien les quantifier.

Mon compagnon avait été en couple avec quelqu’un qui avait subi une sleeve et m’a donc suggéré l’idée d’en subir une à mon tour

M. W. : Souvent les personnes qui franchissent le pas connaissent déjà une personne opérée ou ont entendu parler de l’intervention par une personne de l’entourage proche. Cela les rassure.
E. S. : À 80% au moins. Dans les autres cas, c’est le médecin qui leur a suggéré l’intervention à cause des pathologies associées.

Je n’ai pas vraiment pris de temps de réflexion et tout s’est enchaîné très vite

M. W. : La réflexion est essentielle. Nous expliquons clairement pourquoi dans le livre. En quelques mots, cela permet de bien se projeter dans la future culture alimentaire, de s’assurer qu’on va pouvoir la supporter. Cela permet aussi de se confronter à ses troubles du comportement alimentaire compulsifs s’il y en a et de les soigner avant l’intervention. Imaginez un patient qui a une crise de binge eating disorder en post-opératoire avec une incapacité à la satisfaire parce que c’est physiologiquement impossible…

Même si cette intervention est bénéfique pour moi et indirectement pour mes enfants aussi, j’ai une hygiène de vie par goût maintenant et non pas forcée, j’apprécie même de faire du sport

M. W. : Certaines personnes voient leur goût modifié en post-opératoire sans qu’on sache vraiment pourquoi. Souvent, ils se mettent à aimer les légumes alors qu’avant ils les écartaient de leur alimentation.
D’autre part, les graisses, les aliments riches en gras, les fritures, sont moins bien tolérés au niveau de la digestion.
E. S. : Ils sont aussi dans l’euphorie de l’intervention et ont envie de bien faire les choses.

Le plus dur pour moi est de manger lentement surtout lorsque je suis au travail mais aussi le stress. Avec ce type d’intervention il faut aborder le repas sereinement sinon on ne peut pas manger, ça ne passe pas, ça fait mal. Il m’arrive de stresser parce que je redoute ce stress

M. W. : Manger lentement et dans le calme est une des règles à respecter que l’on ne peut contourner. L’inverse peut gêner le repas, donner la sensation que la nourriture se bloque, engendrer des nausées, des vomissements... La plupart des patients opérés avaient tendance à manger très vite, sans vraiment se poser et cela explique en partie leur obésité.
E. S. : Oui car ainsi, on mange environ 1/3 de plus que ce qu’on a besoin. C’est la problématique de 99 % des patients. C’est le plus difficile à gérer. Il faut s’entraîner avant l’opération.
 
De plus, je n’ai plus d’envie particulière, ce qui est un vrai casse-tête quand il s’agit de réfléchir à ce qu’on va manger. Depuis quelques temps j’ai même des fringales que je gère mal et j’ai peur de reprendre mes kilos

M. W. : Dans ce cas, la chirurgie bariatrique n’a pas été mûrement réfléchie. La patiente prend donc seulement pleinement conscience de sa nouvelle culture alimentaire que maintenant. Cela est difficile à gérer car elle n’a plus le choix. Peut-être aussi y-a-t-il un trouble du comportement alimentaire qui n’a pas été soigné. Est-ce que ce sont vraiment des fringales, c’est-à-dire un besoin physiologique par manque d’apport lors des repas antérieurs ? N’est-ce pas plutôt une envie psychologique de manger ?
E. S. : avec la sleeve, le taux de ghréline (hormone de la faim) est diminué, parce qu’on enlève des cellules pariétales qui sécrètent cette hormone. Peut-être que l’intervention n’a pas permis d’en retirer suffisamment.

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