Blog de Julien Venesson
Par Julien Venesson

Pourquoi le curcuma ne marche pas

Les compléments alimentaires de curcuma ont le vent en poupe. Depuis quelques années, les analystes du marché des compléments alimentaires l’ont identifié comme un des ingrédients les plus porteurs (financièrement parlant). C’est donc un ingrédient vendu par la plupart des laboratoires de compléments alimentaires. En tant que consommateur, il est très difficile de choisir lequel […]

Les compléments alimentaires de curcuma ont le vent en poupe. Depuis quelques années, les analystes du marché des compléments alimentaires l’ont identifié comme un des ingrédients les plus porteurs (financièrement parlant). C’est donc un ingrédient vendu par la plupart des laboratoires de compléments alimentaires. En tant que consommateur, il est très difficile de choisir lequel acheter puisque si on en croit les sites internet des vendeurs, chaque produit est encore meilleur que celui vendu par le voisin !

En tant que formulateur scientifique dans le domaine des compléments alimentaires, j’ai travaillé avec de nombreuses marques avant de créer mon propre laboratoire de compléments alimentaires UNAE. La plupart des marques avec lesquelles j’ai collaboré m’ont sollicité pour savoir quel curcuma proposer à leurs clients. J’ai ainsi pu entrer en contact avec tous les fournisseurs et les différents fabricants de curcuma à travers le monde. Je suis donc en mesure de faire un état des lieux des différents curcuma en vous indiquant ce que disent réellement les études scientifiques sur les différents curcumas disponibles : que contiennent réellement les gélules, lequel est le mieux absorbé, lequel est le plus efficace, lesquels présentent des dangers, etc. Enfin, je ferais aussi une petite synthèse de tous les retours de mes lecteurs sur ce sujet depuis plusieurs années.

Que contient le curcuma ?

 Le curcuma (Curcuma Longa) est une épice de couleur jaune. Cette couleur lui vient de sa concentration en curcumine, un pigment de la famille des polyphénols. On retrouve aussi un peu de curcumine dans le gingembre et c’est d’ailleurs ce qui lui confère ce léger aspect orangé.

La curcumine est le principal représentant d’une famille de polyphénols qu’on appelle les curcuminoïdes. Dans la famille des curcuminoïdes on trouve donc la curcumine (le curcuminoïde principal du curcuma (environ 80% de tous les curcuminoïdes présents dans l’épice) mais aussi la demethoxycurcumine, le bisdemethoxycurcumine et le cyclocurcumine. La curcumine est aussi utilisée par l’industrie agro-alimentaire comme colorant sous le nom de code E100. Très souvent, on parle indifféremment de « curcuma » et de « curcumine » mais il s’agit donc de deux choses différentes.

Après ingestion, les curcuminoïdes sont rapidement métabolisés et transformés en d’autres molécules plus solubles : la tétrahydrocurcumine, l’hexahydrocurcumine, la curcumine sulfate et la curcumine glucuronide. Actuellement les chercheurs pensent que la majorité des bénéfices du curcuma proviennent en fait de la tétrahydrocurcumine, produite dans notre organisme après ingestion de curcumine.

Actions du curcuma sur la santé

On peut lire souvent sur internet que le curcuma est l’épice magique qui protège les indiens du cancer. Or les études scientifiques montrent qu’il s’agit d’un mythe : une grande étude menée par différents hôpitaux indiens et publiée en 2014 dans la célèbre revue médicale The Lancet a montré que le nombre de cancers ne cessait d’augmenter dans ce pays et que lorsque les taux paraissaient plus bas, cela ne s’expliquait que par une détection plus tardive de ces cancers, en raison d’un système de santé moins performant[1]. Le curcuma n’aurait donc rien à faire là-dedans. De plus, toutes les études sur le curcuma montrent qu’à l’état naturel, la curcumine de l’épice est très mal absorbée : il faut ingérer au moins 10 000 mg de l’épice naturelle pour qu’une petite quantité passe dans le sang (c’est l’équivalent de 10 à 20 gélules en une seule fois). De plus, même à cette dose, peu ou pas d’effets sont observés[2].

Par conséquent, lorsqu’on vous parle des effets miraculeux du curcuma sur la santé pour terrasser le cancer, guérir les maladies cardiaques, Alzheimer ou Parkinson, il s’agit d’informations mensongères ou trompeuses car on oublie de vous préciser qu’il s’agit de travaux faits sur des souris auxquelles on a injecté des doses de curcuma inatteignables via une alimentation normale. Il s’agit aussi parfois d’études sur des cultures cellulaires : on plonge des cultures cellulaires dans un bain de curcuma plus ou moins concentré et on observe ce qui se passe : il va de soi que cela n’a rien à voir avec une situation réelle et les résultats ne peuvent pas être extrapolés.

Pire, en avril 2018, on a appris qu’un des chercheurs ayant publié le plus d’études sur les soi-disant effets anti-cancer du curcuma, le Pr Bharat Aggarwal de l’université du Texas (États-Unis), avait en fait truqué la majeure partie de ses travaux en manipulant les données pour fausser les conclusions. Il aurait agi ainsi car il est également fondateur d’une société qui vend du curcuma à haute biodisponibilité. A ce jour (septembre 2018), près d’une trentaine de ses travaux ont finalement été retirés des revues médicales qui les avaient publiés et la suppression des études se poursuit[3].

Dans la première version de cet article sur le curcuma publié en 2014, je faisais état de diverses études ayant montré des effets incroyables du curcuma sur le cancer (régression de tumeurs notamment). Ces études faisaient partie des études truquées qui ont été retirées des journaux médicaux et ce n’était pas possible de le savoir. Je présente donc mes excuses aux lecteurs.

Bien que les effets anti-cancer du curcuma soient donc probablement très exagérés, il est probable que le curcuma puisse néanmoins avoir d’autres bénéfices en particulier sur certaines douleurs. Mais ces bénéfices ne peuvent pas être constatés avec du curcuma dans l’alimentation parce que le curcuma est peu soluble (si vous en versez directement dans un verre d’eau, vous verrez que le curcuma flotte) et donc très mal absorbé. De plus, après avoir été absorbé, le curcuma est rapidement éliminé. C’est ainsi que de nombreux chimistes ont été sollicités pour mettre au point de « meilleurs curcumas » qui soient mieux absorbés. Ce sont ces curcumas qu’on retrouve majoritairement aujourd’hui en compléments alimentaires.

Les différentes formes de curcuma en compléments alimentaires

Première chose très importante à savoir : pour être efficace, le curcuma vendu en compléments alimentaires n’est pas naturel, il a été modifié chimiquement. On est donc plus proche du médicament que du produit naturel.

Quand un nouveau curcuma est mis au point pour un industriel de la chimie, il dépose un brevet sur sa méthode de fabrication et donne un nom à son nouveau curcuma. Ce nouveau curcuma est ensuite acheté par des laboratoires de compléments alimentaires qui le revendent dans leurs propres emballages. Du fait du potentiel commercial du curcuma et de la guerre existante autour des dépôts de brevets, les vendeurs de curcuma n’hésitent pas à augmenter leurs prix pour donner l’illusion que leur curcuma est meilleur que celui du voisin. En réalité comme vous allez le comprendre, ce n’est pas parce qu’un produit est plus cher qu’il est meilleur.

Ces curcumas modifiés chimiquement et brevetés sont par exemple : “Meriva”, ”Cavacurmin”, “NovaSol”, “Curcumin C3 Reduct“, “Theracurmin“, “CurQfen”, “Longvida”, “Biocurcumax”, “BCM-95”, “HydroCurc“, etc (à ce jour, fin septembre 2018). Quand vous achetez du curcuma en complément alimentaire, ce curcuma n’a donc pas été fabriqué par la marque qui vous le vend : cette dernière revend simplement un ingrédient breveté.

Avant de passer en revue ces curcumas, leurs effets, dangers et différences, je tiens à partager avec vous les résultats d’une étude récente menée par des chercheurs américains indépendants. Ces derniers se sont rendus en magasin et ont acheté 87 boîtes de curcuma et curcumines différentes puis les ont analysées en laboratoire[4]. Leurs résultats, publiés en mai 2018 montrent que :

  • 20% des produits analysés ne contiennent pas les teneurs en curcumine mentionnées sur les emballages
  • 59% des produits analysés contiendraient des analogues synthétiques de la curcumine qui est normalement interdite dans l’alimentation en raison d’une méconnaissance sur sa toxicité
  • 71% des produits analysés contiennent des résidus de solvants chimiques industriels toxiques

A cela s’ajoute que 100% des compléments alimentaires de curcuma à biodisponibilité élevée contiennent des quantités notables de pesticides puisqu’ils ne sont pas bios. Il existe du curcuma bio mais il s’agit du même que celui utilisé en cuisine, qui est certes excellent pour exalter les plats mais qui a peu d’effets thérapeutiques sur la santé.

Bien entendu, cela ne signifie pas que ces compléments alimentaires sont inefficaces mais c’est pour toutes ces raisons (études scientifiques truquées, pesticides, additifs chimiques, etc.) que je n’ai pas souhaité proposer à la vente de compléments alimentaires de curcuma via mon laboratoire UNAE. Ces produits me semblent trop éloignés de ma vision de la santé et de l’éco-responsabilité. Si vous souhaitez tout de même vous supplémenter en curcuma, je vais donc maintenant comparer tous les produits existants. Pour mieux vous aider à faire la différence entre les produits, je vais leur attribuer une note sur 10. Cette dernière sera basée à la fois sur la réalité des effets du produit et sur les nombreux retours des internautes que j’ai eu depuis plusieurs années. Pour chaque produit, je vais aussi vous indiquer sur quels problèmes de santé un effet a été démontré.

Comparatif des compléments alimentaires de curcuma et curcumine

Avant de passer en revue tous les produits, il est important de comprendre que sur ce sujet du curcuma, chaque vendeur veut faire passer son produit comme étant supérieur à celui du voisin. Pour se faire, plusieurs stratégies sont utilisées :

  • Par exemple, quand un laboratoire indique que son curcuma est « 200 fois meilleur que les autres », il peut faire référence à plusieurs choses : cela peut être une différence de la valeur de concentration maximale atteinte par tous les curcuminoïdes dans le sang après ingestion mais cela peut aussi être un calcul fait à partir du volume de l’air sous la courbe. Une méthode n’est pas nécessairement meilleure que l’autre mais certains fabricants peuvent faire référence à l’une ou l’autre des méthodes pour empêcher une comparaison trop rapide de la part du consommateur (et éviter qu’il ne se rende compte ainsi qu’il n’y a en fait pas de différence réelle).
  • Autre technique utilisée pour empêcher une analyse facile des résultats : comparer successivement des nanomoles à des nanogrammes ; ce qui n’a strictement rien à voir. Le passage d’une mesure à l’autre pour comparer objectivement les produits devient ainsi impossible car pour faire la conversion il faut connaître le poids moléculaire exact du produit, qui n’est pas communiqué.
  • A noter aussi que certains produits sont difficilement comparables car ils n’agissent pas exactement pareil : certains peuvent augmenter l’absorption de la curcumine alors que d’autres peuvent augmenter l’absorption d’autres curcuminoïdes (ce qui peut aussi être intéressant).
  • Une autre variable importante est caractérisée par la manière dont les volontaires sont testés : par exemple dans certains cas la biodisponibilité du produit est testée à jeun alors que dans d’autres il est testé en ayant été pris juste après mangé. De plus, la composition du repas influence l’absorption et donc les résultats. La mise en place de méthodes si différentes selon les marques permet de brouiller les pistes, pour empêcher une véritable comparaison d’égal à égal des produits.
  • Il ne faut pas oublier que les chiffres d’absorption ou de biodisponibilité sont tirés des études dirigées et financées par les fabricants eux-mêmes. Il y a donc toutes les raisons de penser que nombreuses de ces études soient un peu « arrangées » pour obtenir des chiffres plus favorables. Cette pratique n’est pas nouvelle dans l’industrie (du médicament comme du complément alimentaire). De plus, les études ne sont quasiment jamais refaites, il n’y a donc qu’une seule mesure de prise, ce qui n’est pas très sérieux. Parfois les échantillons sont si faibles que les résultats ne sont pas fiables du tout.
  • Enfin, les chiffres de biodisponibilité annoncés par les fabricants ne sont pas comparables « tels quels », car dans les études ce ne sont pas des doses équivalentes de curcuma qui sont comparées ! Par exemple, si vous comparez un produit qui s’absorbe deux fois mieux qu’un autre et que vous doublez la dose, vous pouvez prendre certains « raccourcis » en disant que votre produit s’absorbe « quatre fois mieux ». Un exemple de cette confusion se retrouve par exemple avec le curcuma NovaSol : affiché avec une disponibilité augmentée d’un facteur 185, il faut se rendre compte qu’une gélule ne contient que 30 mg de curcuma ! Le reste étant constitué d’excipients. Au final, cette biodisponibilité « supérieure » est donc toute relative; et encore plus si vous comparez le coût de revient par gélule.

Si vous devez acheter du curcuma, je recommande en premier lieu de choisir un produit le moins toxique possible (pas d’excipient ou d’additif problématique) et qui n’est pas vendu à un tarif trop élevé.

  • Micelles de curcumine : NOVASOL®

La Curcumine NOVASOL est aussi appelé « micelles de curcuma » ou « nanoparticules de curcuma ». Le processus de fabrication est simple, c’est une nanoémulsion entre de la curcumine et un additif chimique le polysorbate 80 (E433). Cet additif serait cancérigène selon certains auteurs et soupçonné d’être toxique pour les intestins. Il est formellement déconseillé en cas de problème de santé qui touche les intestins : maladie auto-immune, maladie cœliaque, rectocolite ulcéro-hémorragique, maladie de Crohn, etc.). Deux gélules du produit (1000 mg au total) apportent plus de 900 mg de polysorbate 80 et seulement 60 mg de curcuminoïdes environ. Pour la fabrication, le laboratoire utilise deux solvants chimiques : l’éthyl acétate et le méthanol.

Malgré ce faible apport de curcuminoïdes, la curcumine NOVASOL aurait de bons effets car l’ajout de polysorbate augmente effectivement l’absorption des curcuminoïdes. Officiellement, cette absorption serait 185 fois supérieure, selon une étude financée par le fabricant, mais ce chiffre ne peut pas être comparé aux autres pour en déduire l’efficacité pour deux raisons : d’une part l’étude a utilisé des nanomoles au lieu des nanogrammes et d’autre part ils ont donné à manger aux volontaires un petit déjeuner très riche en graisses avant de leur donner leur gélules, ce qui n’est pas le cas des études faites sur les autres curcumine et qui modifie fortement la manière dont la curcumine est absorbée[5]. De plus, la lecture attentive de cette étude montre que ce niveau ne semble être atteint que pour les femmes. Pour les hommes, l’absorption est très inférieure (environ 30% de moins) et la curcumine est éliminée beaucoup plus rapidement de l’organisme. En pratique, les études ne montrent pas que ce produit est spécialement plus efficace que les autres. Dans tous les cas, il semble plus intéressant pour les femmes que pour les hommes. En raison de la présence de polysorbate 80, je déconseille une utilisation régulière ou prolongée.

Note globale : 4/10

On trouve ce produit chez le laboratoire Cell’Innov dans la Formule Curcumine (39,90 euros une boîte) ou chez Nu3 dans la formule Nu3 Curcuma Forte Premium (24,99 euros une boîte).

Attention toutefois, les acheteurs ont rapporté de nombreux problèmes avec ces deux entreprises sur le site Trustpilot : voir ici pour Cell’Innov et voir ici pour Nu3.

  • La curcumine en particules lipidiques solides : LongVida®

La curcumine LongVida est aussi appelée « curcumine en particules lipidiques solides (SLP) ». Le processus de fabrication fait appel à de nombreux additifs et est problématique car le fabricant ne le dévoile pas complètement. Dans son étude de référence pour mettre en avant la biodisponibilité du produit, le fabricant indique en effet que le LongVida contient : de la lécithine de soja contenant des phospholipides purifiés, de l’acide stéarique végétal, des esters d’ascorbyl (vitamine C), de la maltodextrine et du dioxyde de silicium[6]. A noter que le dioxyde de silicium, aussi parfois appelé « silice » pour faire plus naturel, est un additif controversé qui contient souvent des nanoparticules selon les sites spécialisés, contrairement à ce qu’indiquent certains vendeurs. Enfin, pour extraire la curcumine, le fabricant utilise du méthanol comme solvant.

Concernant la biodisponibilité de ce produit, l’étude faite par le fabricant est la plus petite jamais faite dans le domaine (seulement 6 participants), ce qui rend les résultats encore moins fiables. De plus, l’étude a comparé 650 mg de LongVida à seulement 650 mg de curcuminoïdes purs. Sachant qu’il faut plusieurs grammes de curcuma pour voir apparaître de la curcumine dans le sang, ils ont ainsi noté dans l’étude que le niveau d’absorption des 650 mg de curcuminoïdes naturels était inférieur à 1 ng/mL. Avec cette méthode il devient donc facile de parler d’une biodisponibilité multipliée par 100 ! En réalité, la concentration de curcumine après l’administration de 650 mg de LongVida n’a atteint que 22,43 ng/mL ; ce qui est très faible.

Ces observations sont compatibles avec les résultats des autres études faites sur le LongVida qui ont utilisé des dosages beaucoup plus forts : 2000 mg pour améliorer la dilatation des vaisseaux sanguins (équivalent de 5 gélules)[7]. A 400 mg, une étude de 2015 a montré une petite amélioration de la mémoire et une baisse de la fatigue[8] mais une étude plus récente avec 2000 mg a montré une absence d’effet sur les paramètres cognitifs[9]. A 400 mg le LongVida serait en tout cas efficace pour prévenir les courbatures lors de la pratique de la musculation[10]. En pratique, ce produit semble peu efficace et contient des excipients problématiques, je le déconseille.

Nota globale : 3/10

En France, on peut trouver ce produit chez le laboratoire Dynveo dans le produit Curcumine optimisée LongVida (36 euros la boîte).

  • Nanoparticules de curcumine : Theracurmin™

La curcumine Theracurmin est aussi appelée « nanoparticules de curcumine ». Le processus de fabrication consiste à mélanger la curcumine avec de la glycérine/glycérol (46%), de la gomme ghatti, une fibre extraite de Anogeissus latifolia, un arbre indien (4%) et de l’eau (38%). Une fois broyée, la mixture donne lieu à de minuscules particules de curcuma, 100 fois plus petites : les nanoparticules.

L’avantage de cette formule est qu’elle ne contient aucun additif toxique. Les nanoparticules de curcumine Theracurmin ont démontré leur capacité à diminuer les douleurs de l’arthrose[11], améliorer la mémoire (en dehors de maladies telle que la démence ou Alzheimer)[12], protéger l’oreille du stress oxydatif[13] (à essayer donc en cas d’acouphènes).

La biodisponibilité de ce curcuma serait 40 fois supérieure à du curcuma classique (en considérant l’aire sous la courbe). Ce chiffre semble probable car l’étude faite par le fabricant est bien menée et les concentrations toujours indiquées en ng/mL[14]. Enfin, élément très important qui distingue ce curcuma des autres, c’est le fait que la méthode utilisée pour améliorer l’absorption ne sature pas rapidement l’intestin. Autrement dit, prendre deux gélules d’un seul coup est effectivement deux fois plus efficace. Pour les autres formes de curcuma actuellement disponible, prendre deux gélules d’un coup ne fait presque pas de différence avec une seule gélule[15]. La saturation n’apparaitrait qu’à partir de 100 mg de curcumine (soit 3 gélules d’un coup).

Note globale : 8/10

Peu disponible en Europe ce produit se trouve surtout Outre-Atlantique. On en trouve sur Amazon (environ 20 euros la boîte).

  • La curcumine Biocurcumax™ ou BCM-95®

Biocurcumax et BCM-95 désignent le même produit. Il s’agit d’une formulation qui combine de la poudre de curcuma avec des huiles essentielles de curcuma (turmerone, 46%). Ce mélange améliore l’absorption de la curcumine d’un facteur 7[16]. L’étude faite par le fabricant est bien faite et ne présente pas de données farfelues ou exagérées. A savoir tout de même : le mot « Biocurcumax » ne signifie pas que le produit est bio. Il s’agit de curcuma issu de l’agriculture conventionnelle donc avec pesticides, contrairement à ce qu’on peut parfois lire sur internet, mais le fabricant garanti l’absence de solvants résiduels dans le produit final (en l’occurrence, le fabriquant utilise de l’éthyl acétate comme solvant pour extraire la curcumine). Il annonce aussi de « faibles niveaux de plomb ».

Au niveau des effets, ce curcuma semble comparable au mélange curcumine et poivre noir (voir ci-dessous)[17] mais avec l’avantage de ne pas contenir d’excipient nocif. En revanche, il y a tout de même des additifs/excipients dans le produit final en plus de l’huile essentielle de curcuma. Ces excipients sont utilisés pour pouvoir manipuler le produit qui est huileux : triglycérides à chaînes moyennes, phospholipides de colza, eau purifiée, gélatine animale, cire d’abeille. Or il faut savoir que la gélatine animale (poisson, porc ou bœuf) provient toujours des déchets des élevages intensifs industriels (ce qui explique le très faible coût de la gélatine). Par conséquent le fabricant a offert depuis quelques temps une solution pour ses clients en proposant une formule avec excipients végétaux : phospholipides + lécithine uniquement. C’est cette dernière version que je conseille évidemment pour ce produit.

Nota globale : 5/10.

Le Biocurcumax BCM-95 avec excipients végétaux se trouve chez Nutrixeal dans le produit CurcumActif2 Vegan : curcumine suractivée BCM-95 (28,80 euros la boîte).

  • Le mélange curcumine et BioPerine ou curcumine et poivre noir

BioPerine est une marque déposée qui désigne un extrait de poivre noir riche en pipérine. De la pipérine classique (non brevetée) est exactement la même chose. On peut trouver ce mélange curcumine et poivre noir sous différentes appellations : « Curcumine et BioPerine », « Curcumine et poivre noir », « Curcumin C3 Complex® + BioPerine ». A la fin des années 90, il avait été découvert que le mélange curcumine (2000 mg) et pipérine (20 mg) améliorait d’un facteur 20 l’absorption du curcuma[18]. Ce rapport de 1% de pipérine semble être le rapport idéal pour augmenter la biodisponibilité. Le problème étant que les fabricants mettent rarement plus de 5 mg de pipérine pour 1 000 mg de curcuma, soit deux fois moins que la dose efficace dans les études scientifiques. Par ailleurs, les chercheurs ont montré que la pipérine modifie la perméabilité intestinale et altère les lipides des membranes cellulaires[19]. Or on sait aussi que tout ce qui augmente la perméabilité de l’intestin favorise l’apparition des maladies auto-immunes, c’est donc une solution plutôt problématique. Concernant les excipients utilisés, ils varient beaucoup selon les revendeurs : le pire côtoie donc le meilleur.

En ce qui concerne les effets, les études montrent un léger effet sur la baisse des triglycérides et du cholestérol[20]. Une étude ayant testé le mélange curcumine et bioperine sur le psoriasis n’a trouvé aucun effet supérieur au placebo[21]. Aucun effet n’a été noté sur la maladie d’Alzheimer dans une étude pilote mais des effets secondaires intestinaux à cause de l’extrait de poivre noir ont été constatés[22].

Note globale : 1/10

On trouve ces produits un peu partout sur internet.

  • Les galactomannanes de curcuma CurQfen™

Les galactomannanes de curcuma CurQfen représente une nouvelle technique pour augmenter la biodisponibilité du curcuma. Il s’agit ici d’un mélange de poudre de curcuma et de fibres de Fenugrec. Les fibres de Fenugrec sont composées d’unités de galactose et de mannose, c’est pourquoi on parle de galactomannanes. Cette fibre forme un gel hydrocollloïde qui subirait une fermentation dans le côlon via l’action de la β-mannosidase et protègerait la curcumine de la dégradation dans le tube digestif tout en offrant une libération prolongée[23]. Les galactomannanes de curcuma CurQfen sont composés à 40% de curcumine environ et 60% de fibres ; il n’y a normalement pas d’excipient problématique ce qui est positif.

Au niveau de l’absorption, les informations disponibles sur internet concernant la biodisponibilité de ce curcuma sont le plus souvent farfelues. Certains revendeurs affichent des biodisponibilités jusqu’à 270 fois supérieures. En réalité, le fabricant du CurQfen annonce une amélioration de l’absorption d’un facteur 45,5 pour l’ensemble des curcuminoïdes[24]. En ce qui concerne la curcumine elle-même, l’étude du fabricant montre une meilleure biodisponibilité d’un facteur 15,8 pour la curcumine[25]. Les informations sont donc un peu trompeuses si on ne lit pas les études en détail.

Dans les études scientifiques, les effets du CurQfen sont modestes. Ont été démontrés : des effets positifs sur la dilatation des vaisseaux sanguins[26], une amélioration des défenses antioxydantes et une légère diminution du stress et de la fatigue[27].

Note globale : 5/10

Les galactomannanes de curcuma CurQfen peuvent s’acheter dans la formule Olligold du laboratoire Olliscience (39,90 euros une boîte). A noter que plusieurs internautes m’ont fait part de problèmes avec ce laboratoire. Vous pouvez trouver des exposés de ces problèmes sur le site indépendant Trustpilot. Donc faites attention.

  • Les phospholipides de curcuma ou phytosomes de curcuma de type Meriva®

Meriva est le nom d’une forme brevetée de phospholipides de curcuma. Le terme « phytosomes de curcuma » représente essentiellement la même chose mais sous une forme non brevetée. Les phospholipides de curcuma Meriva sont fabriqués en mélangeant des curcuminoïdes (et pas uniquement de la curcumine) avec de la lécithine de soja et de la cellulose microcrystalline. Ce mélange rend le curcuma plus soluble dans l’eau et dans les graisses ce qui augmente sa biodisponibilité. Les curcuminoïdes sont extraits avec l’éthyl acétate comme solvant.

Le produit obtenu contient environ 20% de curcuminoïdes et non 20% de curcumine comme le laissent penser certains vendeurs. La teneur en curcumine s’établit plutôt au tour de 15% soit 75 mg pour une gélule. L’étude de biodisponibilité faite par le fabricant du Meriva montre que les curcuminoïdes sont mieux absorbé d’un facteur environ égal à 29. Ce chiffre est une moyenne pour tous les curcuminoïdes. Dans le détail, on constate une absorption de la curcumine supérieure d’un facteur 19, d’un facteur 68 pour la desmethoxycurcumine et d’un facteur 56 pour la bisdemethoxycurcumine. On ne sait pas pourquoi cette différence est observée[28]. Un des points faibles des phospholipides de curcuma de type MERIVA est la saturation de l’absorption des curcuminoïdes. On observe généralement pas de différence d’effet entre un et deux comprimés pris d’un seul coup pour cette raison.

S’agissant d’une forme de curcuma plus ancienne, on trouve plus d’études ayant testé les effets de ce curcuma qui semble efficace contre les douleurs de l’arthrose, pour diminuer l’inflammation et améliorer la mobilité, d’une manière supérieure à celle du paracétamol et comparable à celle des anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, etc.)[29], [30] sans effet secondaire. Les phospholipides de curcuma semblent avoir un effet additif à la glucosamine ou à la chondroïtine dans le traitement de l’arthrose[31]. Une étude publiée en 2014 a montré sur 160 malades du cancer (cancers du côlon, du rectum, du foie, des reins, de l’estomac, des poumons, des ovaires ou du sang) que les phospholipides de curcuma de type Meriva diminuent les effets secondaires de la radiothérapie et de la chimiothérapie[32]. En cas de cancer du pancréas, une étude a montré que la prise de phospholipides de curcuma en plus du traitement classique améliore légèrement la durée de la survie (8,4 mois avant de mourir sans curcuma contre 10,2 avec, en moyenne)[33]. Chez les sportifs, lorsque le curcuma phospholipidique est pris en prévention, il peut diminuer l’intensité des courbatures[34]. En cas d’uvéite, des chercheurs en ophtalmologie ont testé l’efficacité du curcuma phospholipidique de type Meriva en conjonction avec les traitements classiques. Ils ont observé une baisse de l’inflammation et un risque de rechute de 80%[35]. Au niveau cardiaque, les phospholipides de curcuma de type Meriva augmente la vasodilatation des vaisseaux[36]. Enfin, le curcuma phospholipidique peut améliorer la choriorétinopathie du diabète[37].

Note globale : 7/10

On peut trouver du curcuma phospholipidique chez Mannavita, distribué chez Phytonut Curcuma phospholipidique (23,40 euros la boîte) ou sur Biovea : Complexe de Curcuma Meriva (23,50 euros).

Maladies pour lesquelles il faut éviter le curcuma à biodisponibilité augmentée

Comme vous l’avez compris, une des raisons pour lesquelles le curcuma utilisé en cuisine n’a pas tant d’effet, c’est parce qu’il est mal absorbé. En revanche, comme il est mal absorbé, il reste dans l’intestin où il peut être actif. Il y a donc certaines maladies pour lesquelles il vaut mieux se supplémenter avec du curcuma comme celui qu’on utilise en cuisine plutôt qu’avec un complément alimentaire

  • La rectocolite: deux études ont testé le curcuma simple dans le traitement de la rectocolite hémorragique. Dans la première étude 82 malades ayant une rectocolite en rémission sous traitement classique (sulfasalazine, mésalamine) ont reçu 2 g de curcuma simple par jour. Ils ont pu constater moins de rechutes par rapport au groupe placebo. A l’arrêt du curcuma, le risque de rechute est redevenu le même[38]. Dans la deuxième étude, les malades avaient une rectocolite hémorragique active et étaient traités par les mêmes médicaments. Ils ont reçu 3 g de curcuma simple par jour ou un placebo. Au bout d’un mois, les chercheurs ont constaté plus de rémissions avec le curcuma[39].
  • La gingivite ou les problèmes parodontaux : le bain de bouche avec du curcuma semble efficace pour diminuer l’inflammation, réduire le nombre de mauvaises bactéries et els saignements[40]
  • La maladie de Crohn : une synthèse des travaux sur le sujet suggère que le curcuma simple améliore les effets d’un traitement classique de type Remicade. D’autres études sont nécessaires mais les résultats sont encourageants[41], [42].
  • La néphropathie diabétique (reins) : une étude humaine a trouvé qu’une simple supplémentation avec 500 mg de curcuma simple matin, midi et soir était capable de diminuer la protéinurie, faire baisser l’inflammation et stopper la progression de la néphropathie diabétique[43].

 

Références :

[1] Mallath MK, Taylor DG, Badwe RA, Rath GK, Shanta V, Pramesh CS, Digumarti R, Sebastian P, Borthakur BB, Kalwar A, Kapoor S, Kumar S, Gill JL, Kuriakose MA, Malhotra H, Sharma SC, Shukla S, Viswanath L, Chacko RT, Pautu JL, Reddy KS, Sharma KS, Purushotham AD, Sullivan R. The growing burden of cancer in India: epidemiology and social context. Lancet Oncol. 2014 May;15(6):e205-12.

[2] Lao CD, Ruffin MT 4th, Normolle D, Heath DD, Murray SI, Bailey JM, Boggs ME, Crowell J, Rock CL, Brenner DE. Dose escalation of a curcuminoid formulation. BMC Complement Altern Med. 2006 M. ar 17;6:10.

[3] https://retractionwatch.com/2018/09/04/cancer-journals-retract-10-papers...

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