Malbouffe

Additifs : l'industrie mène la danse

Additifs : l'industrie mène la danse

Président de la commission d'enquête parlementaire sur l'alimentation industrielle de 2018, Loïc Prud'homme s'indigne dans Malbouffe, un député met les pieds dans le plat de l'omniprésence de l'industrie au sein des autorités de santé pourtant chargées de protéger le consommateur. Exemple avec cet extrait du livre concernant l'évaluation des additifs par l'EFSA.

À la lumière des données scientifiques liant malbouffe et mauvaise santé, il apparaît évident que le cadre réglementaire (national comme européen) n’est, en l’état, ni suffisamment contraignant pour les industriels, ni assez protecteur pour les consommateurs.
Il faut d’abord savoir que ce cadre législatif vient pour la majeure partie, soit environ 80 %, de directives de la Commission européenne. Celle-ci, afin de ne plus apparaître comme perméable aux influences de lobbies, s’est récemment dotée d’agences scientifiques qui sont censées « éclairer » les décisions. Notons au passage que le Parlement européen composé d’élus, lui, ne peut rien éclairer. On lui a coupé la lumière !
C’est l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) qui a depuis 2002 la tâche du « travail scientifique » de validation des substances chimiques qui pourront entrer dans la composition de nos aliments. Il est indiqué sur son site Internet que l’agence est chargée d’évaluer les risques. « Dans son rôle d’évaluateur des risques, l’EFSA émet des avis et des conseils scientifiques qui étayent les politiques et législations européennes en matière de chaîne alimentaire. » Mais l’EFSA rend aussi des avis sur les allégations nutritionnelles ou encore sur les OGM et les nombreux pesticides utilisés en agriculture.
 
Il suffit de se pencher sur le cas des additifs alimentaires pour comprendre rapidement que cette agence chargée de produire les avis scientifiques n’est pas en capacité d’évaluer la dangerosité des quelques 338 additifs autorisés ni les effets de leurs combinaisons, alors que nombre de ces additifs sont fortement suspectés par de nombreux scientifiques et associations d’être des CMR (cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques) ou des PE (perturbateurs endocriniens). De fait la simple lecture de la procédure de soumission telle qu’elle est expliquée par l’agence suffit à comprendre que les autorisations de mise sur le marché (AMM) ne sont actuellement délivrées que sur la base d’études produites par les industriels eux-mêmes.
Si L’EFSA peut commander ses propres études scientifiques grâce à la possibilité d’autosaisine, il s’agit d’un cas rare et les procédures actuelles d’évaluation n’imposent pas comme préalable de disposer d’études indépendantes, produites par d’autres acteurs que les industriels qui sollicitent les autorisations mise sur le marché… Il en va de même pour les pesticides qui sont massivement utilisés dans la production agricole.
Il faut ici explicitement rappeler que jusqu’à un passé récent, les experts scientifiques de l’EFSA, chargés de vérifier et valider ces études « maison » de l’agrochimie, avaient pour la grande majorité d’entre eux (60 %) des liens d’intérêts avec ces mêmes firmes.
Ces pratiques ont fait scandale et ont obligé l’EFSA à procéder à un ménage sérieux parmi les experts, et exiger que chacun rende public ses liens d’intérêts.
Pour autant, des ONG comme Corporate Europe Observatory (CEO), spécialiste des stratégies d’influence qui s’exercent dans les institutions européennes, relèvent que l’indépendance n’est à ce jour pas suffisante encore. Par ailleurs, la réaction salvatrice de l’EFSA n’a pas
modifié les autorisations en cours : la majorité des additifs autorisés l’ont été avant la remise à plat des procédures visant à garantir une plus grande neutralité des avis scientifiques.
 
Aujourd’hui une révision de ces dossiers, additif par additif, est en cours au niveau de l’EFSA. Il n’est toujours pas prévu que les études «maison» des industriels fassent l’objet de contre-expertises indépendantes.
Pour couronner le tout, car un malheur n’arrive jamais seul, il faut savoir que les additifs alimentaires sont très souvent, pour ne pas dire systématiquement utilisés en « cocktail », c’est-à-dire associés dans le même produit : un conservateur, un agent de texture, un exhausteur de goût, un colorant, un arôme artificiel, etc. L’EFSA, auditionnée par la commission d’enquête parlementaire, avoue qu’il est actuellement impossible d’avoir une évaluation du risque des effets « cocktail » car le nombre d’additifs et celui des combinaisons possibles entre eux sont infinis… 
 
Dans le cadre réglementaire actuel, la charge de la preuve de la dangerosité d’un produit doit être apportée par la puissance publique. Nous sommes donc dans une situation où les industriels produisent de nouveaux additifs, réalisent leurs propres études d’innocuité, soumettent des dossiers aux autorités qui n’ont pas les moyens de contre-expertiser tous les résultats. Il paraît donc de bon sens d’interdire immédiatement les additifs controversés et l’importation de produits en contenant, en application du principe de précaution.
 

Pour aller plus loin, lire Malbouffe, un député met les pieds dans le plat

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