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Médicaments : les manipulations de l’industrie pharmaceutique

Médicaments : les manipulations de l’industrie pharmaceutique

Dans Santé, mensonges et (toujours) propagande, Jérémy Anso détaille les stratégies des industriels des laboratoires pharmaceutiques pour faire toujours plus de profit. Extraits. 

Comme Big Food, Big Pharma utilise différentes stratégies pour faire le plus de profits possible, si besoin au détriment des patients.
Le plus grand enjeu économique pour les laboratoires pharmaceutiques est de sortir de nouveaux médicaments sur le marché. Pour cela, il faut que des études aient montré l’efficacité de la nouvelle molécule dans une indication précise et ce, sans que les risques ne l’emportent sur les bénéfices. Or ces études demandent du temps et de l’argent puisqu’elles se déroulent sur plusieurs années. Les laboratoires utilisent donc des subterfuges au moment de la conception des études afin de gagner du temps et de l’argent.
 
Premier bidouillage : une sélection très attentive des participants de l’étude, les malades qui devront tester la molécule. L’astuce est de choisir préférentiellement des patients sans complication, plutôt jeunes, minces et qui devraient bien réagir au traitement proposé. Ensuite, avec les miracles des statistiques, il suffit de triturer les chiffres dans tous les sens pour généraliser une promesse thérapeutique à tous les malades. Le produit miraculeux, et hors de prix, n’a plus qu’à être approuvé. 
 
Deuxième bidouillage : les mesures indirectes de l’efficacité des traitements. Pour démontrer l’efficacité d’un médicament anticancéreux par exemple, il faut mettre en évidence une amélioration de la survie ou de la qualité de vie des patients. Ce sont les deux paramètres qui importent. Mais, problème, très peu d’études utilisent ces deux critères, trop long et trop fastidieux à mesurer (du moins selon les industriels). Afin de contourner cette difficulté, les laboratoires font appel à des critères substitutifs, ou plus prosaïquement, des raccourcis : la survie sans progression de la maladie (PFS) ou le délai de progression de la maladie (TTP). Ce sont les critères les plus communément utilisés dans les études. Ils permettent à l’industrie de gagner un temps précieux, d’économiser de l’argent, et en plus, sont tout à fait légaux. En théorie, un traitement qui offre cinq ans de PFS devrait offrir cinq ans de survie globale. Mais la réalité est bien différente. Dans la majorité des études portant sur les traitements du cancer, les bénéfices observés avec ces deux raccourcis (PFS et TTP) ne se traduisent pas par une amélioration de la survie ou de qualité de vie. Autrement dit, ces paramètres n’ont souvent pas de signification pour les malades dans le vrai monde.
 

Comment s’exercent les conflits d’intérêt en cancérologie

En cancérologie, les conflits d’intérêts sont légion, ils font presque partie du paysage. Entre 2005 et 2008, sur l’ensemble des études cliniques publiées, 8 sur 10 ont bénéficié du soutien financier de l’industrie pharmaceutique. La pratique est monnaie courante et elle est fortement dommageable. De nombreuses enquêtes rapportent en effet que les études financées par l’industrie pharmaceutique brandissent plus souvent des résultats positifs ou des résultats difficilement reproductibles (alors que le fait qu’un résultat soit reproductible est le b.a.-ba en science) et seraient plus souvent entachées de biais ou de problèmes méthodologiques.
Une autre façon d’influencer les résultats d’une étude consiste, pour l’industrie pharmaceutique, à proposer ses services pour rédiger les articles scientifiques. On parle de ghostwriting. L’étude est réalisée par une équipe de chercheurs mais c’est l’industriel qui tient le stylo. La pratique est plutôt répandue en cancérologie et peut rendre difficile d’éventuelles contestations sur des conclusions ou des critères d’évaluation. Ici, on joue sur la tournure des phrases, l’interprétation des conclusions qui peut mettre sous un jour plus favorable la molécule du laboratoire.
 

Comment limiter l’influence de l’industrie ?

Pour Mélissa Mialon, chercheuse en santé publique à l'université de São Paulo (Brésil), « la première chose est la transparence évidemment, ce qui passe par  les déclarations d’intérêts, le partage public des agendas de nos ministres (comme c’est le cas dans certains États australiens), les lois limitant les financements de la vie politique par des acteurs privés (comme c’est le cas en France), le refus pour les organisateurs d’un congrès d’accepter des orateurs qui ont un conflit d’intérêts, ou des sponsors qui pourraient ternir l’image de leur manifestation. »
 
Il faudrait également réformer entièrement le système d’évaluation et de mise sur le marché des médicaments. Cela passe en Europe par une réelle indépendance de l’Agence européenne des médicaments qui devra dans le même temps être plus exigeante vis-à-vis des laboratoires afin de renforcer la qualité et la surveillance des essais cliniques.
 

Pour en savoir plus sur les liens d’intérêt et leurs conséquences pour notre santé, lire Santé, mensonges et (toujours) propagande de Jérémy Anso.

 
Références
 
Mailankody, S., & Prasad, V. (2016). Overall survival in cancer drug trials as a new surrogate end point for overall survival in the real world. JAMA oncology, 3(7), 889-890.
Prasad, V., et al. (2015). The strength of association between surrogate end points and survival in oncology: a systematic review of trial-level metaanalyses. JAMA internal medicine, 175(8), 1389-1398.
Ciani, O., et al. (2014). Validation of surrogate endpoints in advanced solid tumors: systematic review of statistical methods, results, and implications for policy makers. International journal of technology assessment in health care, 30(3), 312-324.
Kemp, R., & Prasad, V. (2017). Surrogate endpoints in oncology: when are they acceptable for regulatory and clinical decisions, and are they currently overused?. BMC medicine, 15(1), 134.
Kay, A., et al. (2011). Randomized controlled trials in the era of molecular oncology: methodology, biomarkers, and end points. Annals of oncology, 23(6), 1646-1651.
Jagsi, R., N. et al. (2009). Frequency, nature, effects, and correlates of conflicts of interest in published clinical cancer research. Cancer 115(12):2783-2791.
Begley, C. G., & Ellis, L. M. (2012). Drug development: Raise standards for preclinical cancer research. Nature, 483(7391), 531-533.
Mobley, A., et al. (2013). A survey on data reproducibility in cancer research provides insights into our limited ability to translate findings from the laboratory to the clinic. PLoS One, 8(5), e63221.
Commentaire

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Par Naonurse | le mercredi 17 août 2022
Le système de santé français est en bout de souffle...

Comme si le manque de moyen, de personnel, de formations qualifiantes ne suffisaient pas... Les lobbies de l'industrie pharmaceutique en remettent une couche, et qui trinquent au final ? Les soignants ET les patients. Certainement pas les politiciens qui eux ne se soignent pas comme la "plèbe"... On l'a bien vu pendant la crise du covid, le manque d'accessoires pour nos infirmiers était flagrant : qui se souvient des tenues en sac poubelle ? Des masques bricolés, en tissu ? Bref... Grosse mascarade..

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