Le blog de Thierry Souccar, "Amuse-gueules"

Réflexions sur la vie, la mort, et tout ce qu'il y a au milieu. 

Par Thierry Souccar
Vin, alcool et santé

Vu du cœur, le vin est bien de l’alcool (et l’alcool est bon pour le cœur).

Vu du cœur, le vin est bien de l’alcool (et l’alcool est bon pour le cœur).

Si le vin, c'est pareil que l'alcool, comme le dit la ministre de la santé, alors elle doit accepter le fait qu'il a les mêmes effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire.

Sous le titre « Vu du foie, le vin est bien de l’alcool », un quarteron de médecins a, dans une tribune récente du Figaro, volé au secours de la ministre de la santé Agnès Buzyn qui avait contesté que le vin puisse jouer le moindre « rôle protecteur ».

« C’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka ou du whisky », avait affirmé la ministre. « On a laissé penser à la population française que le vin serait protecteur, qu’il apporterait des bienfaits que n’apporteraient pas les autres alcools. C’est faux scientifiquement, le vin est un alcool comme un autre

C’était juste avant qu'Emmanuel Macron lui inflige une forme de désaveu en déclarant qu'il buvait du vin midi et soir.

Les signataires de la tribune du Figaro déplorent que la ministre se soit « trouvée bien seule dans un gouvernement qui nie les évidences scientifiques et se montre plus sensible aux intérêts de l’alcool qu’à l’intérêt général. »

Les "évidences scientifiques"

Voilà donc nos médecins engagés dans la transmission au grand public des « évidences scientifiques ».

Quelles sont-elles ? Dans leur texte, elles tiennent finalement en une phrase : « les effets sur la santé ne dépendent pas du type d’alcool, que ce soit du vin, des spiritueux ou de la bière. »

Cette « évidence scientifique » est discutable, mais acceptons-la.

Ils ajoutent : « ce qui compte, en termes de toxicité, écrivent-ils, c’est la quantité d’alcool bue. »

Mais si le vin est un alcool comme les autres, alors tous les effets de la consommation d'alcool sur la santé, pas seulement ceux négatifs ou « toxiques » s’appliquent au vin. Et, pour paraphraser les auteurs de la tribune du Figaro, ce qui compte en termes de bénéfices, c'est la quantité d'alcool bue.

Bizarrement, ces bénéfices sont absents des « évidences scientifiques » recensées par ces experts. Par manque de place, certainement.

Voici donc ce qu'ils n'ont pas dit dans Le Figaro

Le vin, bon pour le coeur 

La plupart des études conduites à ce jour montrent qu’une consommation modérée d’alcool et/ou de vin, soit un à deux verres par jour, est associée à un risque de maladie cardiovasculaire et de mortalité cardiovasculaire réduits, par rapport à l’absence de consommation, ou à une consommation excessive.

« Pour les personnes qui boivent un à deux verres par jour, il y a des preuves substantielles et  consistantes d’une association bénéfique avec le risque cardiovasculaire, par rapport à celles qui n’ont jamais bu d’alcool. Cette relation remplit les critères du lien de cause à effet », rapportent les auteurs d’un article de synthèse récent. (1)

Mais si boire un peu d'alcool chaque jour a des effets positifs, cela peut comporter aussi des risques, par exemple sur certains cancers. Ces risques l’emportent-ils sur les bénéfices ?

Les études sur la mortalité toutes causes ont apporté une réponse à cette question.

L’une des études épidémiologiques les plus récentes a été conduite aux Etats-Unis sur 333 000 adultes pendant 8 ans. Elle a trouvé, à l’instar des études précédentes, que les buveurs modérés et réguliers ont un risque de mortalité cardiovasculaire réduit de 26%, et un risque de mortalité totale réduit de 21%. (2)

Ces études, qui font de la consommation modérée, régulière d’alcool un facteur modérément favorable à la santé, irritent au plus haut point les prohibitionnistes.

Ils les ont attaquées, au motif qu’elles comporteraient des biais : les anciens buveurs seraient classés comme « abstinents ». Ainsi, en 2016, une méta-analyse conduite dans le BMJ par des addictologues a prétendu refaire les calculs en intégrant ces biais ; elle a conclu que la consommation d’alcool n'est pas associée à une baisse de la mortalité. (3)

Le hic, c’est que cette moulinette est elle-même entachée de biais : ses auteurs, après avoir identifié 2 575 études sur l’alcool en lien avec la mortalité, ont réussi l’exploit d’en éliminer 2 488 sous des prétextes divers, pour ne retenir que celles qui ne desservaient pas leur démonstration. (4)

Et même à en accepter les conclusions, celles-ci ne mettent pas en évidence de risque lié à une consommation modérée.

1 à 2 verres par jour 

Que la ministre et ses amis du Figaro le veuillent ou non, tant les études récentes, corrigées des erreurs éventuelles, que les études chez l’animal, suggèrent bien que les personnes qui boivent modérément de l’alcool, de préférence dans le cadre d’un régime de type méditerranéen, ont un risque cardiovasculaire plus faible que les abstinents et un risque de mortalité totale qui, au pire, n’est pas augmenté.

L’Institut national des Etats-Unis sur l’abus d’alcool et l’alcoolisme (NIAA), tout en soulignant les risques de l’alcool chez certains, reconnaît que la mortalité totale toutes causes est plus basse lorsqu’on boit un à deux verres par jour que lorsqu’on ne boit jamais d’alcool. « Sauf pour les personnes ayant un risque particulier, dit le NIAA, la consommation de deux verres par jour chez un homme, et d’un verre chez une femme, ne présente probablement pas de risque pour la santé. » 

Et ce qui est vrai pour l’alcool, est donc vrai pour le vin si l'on suit le raisonnement de Mme Buzyn et des signataires du Figaro.

Conclusion : une consommation modérée de vin, bio de préférence, est compatible avec une bonne santé. Ce n’est pas une invitation à boire de l’alcool si on est abstinent bien sûr.

Sources

(1) Roerecke M. Alcohol consumption, drinking patterns, and ischemic heart disease : a narrative review of meta-analyses and a systematic review and meta-analysis of the impact of heavy drinking occasions on risk for moderate drinkers. BMC Medicine 2014, 12:182.

(2) Xi B, Veeranki SP, Zhao M, Ma C, Yan Y, Mi J. Relationship of Alcohol Consumption to All-Cause, Cardiovascular, and Cancer-Related Mortality in U.S. Adults. J Am Coll Cardiol. 2017 Aug 22;70(8):913-922.

(3) Stockwell T, Zhao J, Panwar S, Roemer A, Naimi T, Chikritzhs T. Do "Moderate"  Drinkers Have Reduced Mortality Risk? A Systematic Review and Meta-Analysis of Alcohol Consumption and All-Cause Mortality. J Stud Alcohol Drugs. 2016 Mar;77(2):185-98.

(4) Barrett-Connor E. Comments on Moderate alcohol consumption and mortality. J Stud Alcohol Drugs 2016,77(5) : 834-6.

 

 

 

 

 

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à propos de l'auteur

Journaliste scientifique, auteur de 15 livres de vulgarisation sur la santé, fondateur de Thierry Souccar Editions. En charge des questions de santé à Sciences et Avenir pendant 15 ans, il a créé LaNutrition.fr, premier site d’information francophone indépendant sur l’alimentation et la santé. Membre de l'American College of Nutrition depuis 2000. C'est un passionné d'histoire des arts et des sciences, de paléontologie, peinture, aviation légère, littérature, musique classique et country/bluegrass. Il vit, écrit et peint dans le midi de la France. Il a deux fils, Paul et Louis. 

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