Avis d'expert

Bilans de santé : pourquoi ils sont inutiles, voire dangereux

Bilans de santé : pourquoi ils sont inutiles, voire dangereux

Dans Trop de médecine, trop peu de soins, le Pr Béraud, ancien médecin-conseil national, dénonce le gaspillage des dépenses de santé et l'inutilité de nombreux actes médicaux. Dans cet extrait, il explique pourquoi les personnes en bonne santé doivent aborder avec prudence bilans de santé, dépistage, vaccins. Il donne aussi son avis sur le vaccin contre le cancer du col de l'utérus.

Pour conserver, entretenir, développer leur capital santé, des centaines de milliers de Français consultent chaque jour des médecins dans le secteur libéral ou à l’hôpital. Les uns sont en parfaite santé, d’autres éprouvent des symptômes banals. Des hommes et des femmes en excellente santé, ne se plaignant d’aucun symptôme, consultent, inutilement, leur médecin pour divers motifs.

Pour faire un bilan

Une majorité des Français, en excellente santé, estime qu’il est raisonnable de demander à son médecin, au moins une fois par an, un bilan comportant divers examens biologiques.
Cette habitude est née en 1945, avec l’assurance-maladie, qui invitait dans ses centres d’examens de santé la population salariée, une fois par an, à faire un bilan. De nombreux Français, en bonne santé, entrent encore aujourd’hui dans ces centres dont le fonctionnement consomme chaque année le tiers du FNPEIS (Fonds national de prévention, d’éducation et d’information sanitaire (soit 152,5 millions d’euros sur un total de 461,2 en 2009).
Durant les décennies qui suivirent, l’habitude fut vite prise de demander des bilans, ou « check-up », aux médecins libéraux, d’autant que les non salariés étaient exclus des bilans de la Sécurité sociale, mais remboursés des prescriptions faites en médecine libérale.
Depuis la fin des années 1980, l’inutilité des 600 000 bilans qui étaient alors réalisés dans les centres d’examen de santé, sans compter ceux réalisés en médecine libérale et à l’hôpital (où des « automates » réalisaient douze dosages chez tous les patients hospitalisés (soit un minimum de 200 millions de dosages), était évidente pour deux raisons.
D’une part, l’état de santé des Français à la fin du xxe siècle ne pouvait être comparé à celui observé à la fin de la guerre et d’une longue période de privation. D’autre part, durant les Trente glorieuses, multiplier les visites chez un médecin était devenu une coutume, répandue dans les plus petits villages de France, qui faisait double emploi avec les bilans de la Sécurité sociale. La fermeture de ces centres aurait été une solution raisonnable mais les administrateurs des caisses primaires s’opposèrent à l’abandon d’une « conquête sociale ». Les centres orientèrent alors progressivement leur recrutement vers des populations précaires qui, pour des raisons économiques, sociales ou administratives, n’avaient pas accès aux soins.
Tout au long des soixante dernières années, les parlementaires proposèrent et firent voter des lois destinées à protéger la santé des Français au moyen de bilans médicaux. Actuellement en France, l’État propose 53 examens tout au long de la vie : examens prénatals, postnatals, examens obligatoires des enfants de moins de 6 ans, bilan de santé pour les enfants âgés de 3 à 4 ans, visites médicales des sixième, neuvième, douzième et quinzième années, entretien personnalisé en classe de cinquième, examen bucco-dentaire de prévention, consultations annuelles des jeunes de 16 à 25 ans, certificat médical pour la journée d’appel et de préparation à la défense, examen préventif médical, social et psychologique des étudiants des universités, consultations prénuptiales, consultations de prévention pour les personnes de plus de 70 ans, etc.
Ces bilans, trop nombreux pour être tous réalisés, ne sont jamais évalués. À l’évidence, leur utilité est aléatoire, comme le signale le Haut Conseil de la santé publique.
Dans un système de soins correctement organisé, une grande partie de ces bilans disparaîtrait ; les quelques-uns qui resteraient, notamment chez les enfants et les adolescents, seraient assurés dans les cabinets de soins primaires, par les médecins généralistes et leurs collaborateurs, seuls capables d’assurer un suivi des soins.
Aux États-Unis, les citoyens cèdent parfois aux publicités des sociétés privées qui proposent des bilans incluant des techniques d’imagerie : scanners, IRM (imagerie par résonance magnétique), diverses radiographies, mais aussi des prises de sang, une échocardiographie, une ostéodensitométrie et une multiplicité d’examens qui inventorient le fonctionnement des systèmes physiologiques et précisent la morphologie des organes (foie, cœur, poumon, côlon, rein). Toutes les institutions scientifiques et gouvernementales déconseillent ces bilans qui n’ont aucune utilité pour les clients de ces sociétés, lesquels acceptent de payer des sommes élevées pour réaliser ces examens qui, pensent-ils, les mettront à l’abri de toutes les maladies graves, et surtout des cancers.
Ces bilans exposent à trois sortes de risques :

  • celui, individuellement faible mais indiscutable, de cancer lié aux radiations ;
  • celui d’une multiplication des examens en raison de la découverte d’une image considérée comme anormale ;
  • celui d’inquiéter les sujets en raison de la découverte d’un cancer qui en réalité n’existe pas.

Pour doser, comme chaque année, son cholestérol

Doser régulièrement les diverses variétés du cholestérol sanguin, même lorsqu’un premier résultat n’a montré aucune anomalie, est un comportement banal. (En médecine libérale, hors médecine hospitalière, 19 992 000 bilans lipidiques ont été remboursés par la Sécurité sociale en 2009.)
En prévention primaire, chez des sujets en bonne santé, indemnes de diabète, qui n’ont jamais souffert d’un trouble cardiovasculaire, cette demande n’est ni rationnelle ni utile, car la prescription des statines, aujourd’hui devenue la conséquence automatique d’une hypercholestérolémie, même modérée, est parfois responsable d’effets secondaires (douleurs musculaires, affaiblissement cognitif (perte de mémoire)…). Elle favorise l’apparition d’un diabète chez 9 % des patients et ne diminue pas leur mortalité.

Pour rechercher une ostéoporose

Après la ménopause, très nombreuses sont les femmes en excellente santé qui, sous la pression des médias, entreprennent un dépistage de l’ostéoporose en demandant à leur médecin la prescription d’une ostéodensitométrie. Cet examen mesure la densité minérale osseuse. Lorsque cette densité s’écarte d’une certaine valeur, des données moyennes observées chez les adultes jeunes, le médecin dit à la patiente : « Vous êtes atteinte d’ostéoporose. »
La raréfaction osseuse est un phénomène physiologique observé lors du vieillissement. Cette évolution osseuse observée chez tous les sujets, et plus particulièrement chez les femmes, est devenue une maladie lorsque l’ostéodensitométrie a permis de la quantifier. Curieusement, cette maladie fut inventée et identifiée par l’OMS, alors que les laboratoires pharmaceutiques commercialisaient des médicaments pour lutter contre la déminéralisation osseuse. Aujourd’hui, en raison de la multiplication des articles sur cette maladie dans la presse féminine et la profusion des traitements médicamenteux disponibles pour réduire la perte osseuse, la plupart des femmes en bonne santé mais récemment ménopausées courent chez leur médecin pour dépister ce facteur de risque de fracture, puis consommer des médicaments qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité pour éviter une première fracture. Ce faisant, elles courent d’autres risques : celui d’une fracture atypique du fémur, d’une nécrose du maxillaire inférieur et de lésions œsophagiennes. Même s’ils améliorent discrètement la densité osseuse, ces médicaments ont peu d’effets sur la fréquence des fractures des membres qui ne sont pas spontanées et toujours la conséquence d’un traumatisme, notamment d’une chute banale. Prévenir les chutes chez les personnes âgées est une attitude plus raisonnable et plus efficace, mais elle exige une participation des patients à un programme de prévention moins facile à mettre en œuvre que la prescription d’un médicament.

Pour se faire vacciner

Certaines vaccinations conseillées par les responsables politiques et de la santé publique font l’objet d’une demande de la population, alors que leur utilité est soit discutable, soit nulle.

Vaccination antigrippale

La vaccination contre la grippe saisonnière repose sur des études dont la qualité est contestée par de nombreux épidémiologistes. Recommandée aux personnes âgées, cette vaccination ne semble pas avoir des effets secondaires graves. Il est possible qu’elle réduise la fréquence des infections grippales banales, mais elle est sans influence sur l’apparition de complications et ne réduit pas la mortalité, d’ailleurs très faible, de cette infection virale. La réduction des cas de grippe serait de 50 %, mais cette expression d’un résultat en valeur relative cache la réalité des faits. Si sur 100 sujets vaccinés, on observe un cas de grippe et sur 100 sujets non vaccinés deux cas, la réduction est bien de 50 %, mais l’utilité faible. Faut-il vacciner 100 personnes pour éviter un cas de grippe, sachant que cette vaccination est sans effet sur la fréquence des complications et sur la mortalité ? On peut en douter. Cette vaccination est conseillée chez les personnes âgées alors qu’aucune étude n’a démontré son efficacité sur cette population. Cette recommandation officielle est liée au fait que la mortalité de la grippe concerne presque exclusivement les personnes de plus de 65 ans, et surtout celles de plus de 90 ans qui constituent près de la moitié (43 %) des cas graves par leurs complications.
Cette maladie bénigne est, pour les laboratoires, davantage qu’un marché, « une bulle marketing », entretenue par les politiques apeurés en raison des prédictions alarmantes de leurs collaborateurs, des médecins experts sous l’influence des industriels qui terrorisent la population, comme on a pu le vérifier lors de l’épidémie inventée de toutes pièces par les experts de l’OMS en 2009, dont le coût en France atteignit 662,6 millions d’euros, sans compter les dépenses pharmaceutiques, notamment celles liées à un médicament, l’oseltamivir, dont l’efficacité reste à démontrer.

Vaccination contre le cancer du col utérin

La vaccination contre le développement des cancers du col utérin est, aujourd’hui, une imposture, car son efficacité est hypothétique et les risques indirects plus élevés que les industriels veulent bien le reconnaître.
On peut craindre en effet une augmentation du nombre de ces cancers dans les années à venir, car il est possible, et même probable, que les jeunes femmes vaccinées ne seront pas, tout au long de leur vie jusqu’à 64 ans, aussi attentives à la réalisation périodique (tous les trois ans, de 25 à 64 ans, après deux frottis normaux à un an d’intervalle) d’un frottis cervico-utérin, seule technique ayant largement prouvé son efficacité préventive.
Il importe en effet de ne pas oublier que les vaccins proposés (Gardasil, Cervarix) n’ont toujours pas démontré plusieurs années après leur mise sur le marché qu’ils étaient capables de réduire l’incidence dans la population vaccinée des dysplasies sévères ou graves qui peuvent évoluer vers un cancer. Il est possible que cette démonstration soit faite dans les prochaines années, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui.
C’est la raison pour laquelle vacciner une jeune fille, avant le début de son activité sexuelle, est une décision qui doit être prise par la patiente après un entretien avec un médecin, conduit hors de la présence de sa mère qui, affolée par la publicité des laboratoires pharmaceutiques, veut souvent imposer cette vaccination à sa fille, dont elle ne connaît pas toujours la vie sexuelle. Au cours de cette consultation, cette jeune fille sera informée de la nécessité d’un suivi régulier par un frottis cervico-utérin, sachant que cette vaccination n’a pas démontré son utilité pour éviter le développement d’un cancer.

Texte publié pour la première fois en mai 2012 sur le site Pharmacritique.

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