Le blog de Thierry Souccar, "Amuse-gueules"

Réflexions sur la vie, la mort, et tout ce qu'il y a au milieu. 

Par Thierry Souccar
Lyme

Maladie de Lyme : pourquoi nous sommes tous menacés

Maladie de Lyme : pourquoi nous sommes tous menacés

Retour du Congrès de Strasbourg sur la maladie de Lyme, qui se tenait du 6 au 8 juin 2014. Avec le sentiment qu'une guerre est déclarée.

Je rentre de Strasbourg où se tenaient les Journées sur les maladies vectorielles à tiques, organisées par la formidable équipe de Lyme sans Frontières. Il y a été question pendant 3 jours de la maladie de Lyme et des infections associées. Vous haussez les épaules ? Je peux comprendre. C’est une maladie méconnue du public, sous-estimée des autorités sanitaires, mal diagnostiquée et mal traitée. Mais une menace absolue pour nous, nos enfants, l’humanité, et je pèse mes mots.

Il y a cinq ans, je ne savais que peu de choses sur Lyme. C’était une entité abstraite, improbable et marginale. Puis Judith Albertat, la courageuse présidente de Lyme sans Frontières, nous a fait l'honneur de nous soumettre son manuscrit pour publication. C’est l’histoire de l’énigmatique descente aux enfers d’une femme pleine de vie, qui dépérit sous l’œil tour à tour interloqué et indifférent des médecins qu’elle consulte. "C'est dans votre tête", s'entend-elle dire un jour. Avant qu’enfin un diagnostic soit posé : maladie de Lyme.  

Lyme est une maladie infectieuse transmise lors des morsures de tiques : une grande partie d’entre elles abrite des bactéries pathogènes appelées Borrelia, et bien d’autres encore. Ces tiques sont minuscules, si bien qu’on ne les voit pas toujours lors d’une promenade en campagne ou en forêt. Elles sont capables de franchir des distances de plusieurs mètres pour venir piquer un mollet, se laisser tomber sur un crâne découvert ou glisser dans un T-shirt.

Les Borrelia bénéficient, pour infecter l’homme, d’un incroyable concours de circonstances. Primo, on ne sait pas diagnostiquer la maladie par des tests fiables contrairement à ce que clament les autorités sanitaires. Le test ELISA, supposé référent, passe à côté de la moitié des cas. Les patients repartent faussement rassurés. Ensuite, Lyme mime à peu près tous les symptômes et toutes les maladies connues. Vous vous plaignez de fatigue chronique ? Il y a des chances que ce soit Lyme. Vous avez des fasciculations (tressautements) à la paupière ou dans d’autres parties du corps ? Possiblement Lyme. Fibromyalgie ? Polyarthrite ? Troubles de la concentration ou de la mémoire ? Peut-être et encore Lyme. Même un diagnostic de sclérose en plaques doit y faire regarder à deux fois. Richard Horowitz, dont nous avons publié le livre magistral, nous disait samedi soir que, dans sa pratique, la plupart des soi-disant cas de sclérose en plaques sont en réalité des LymeLa panoplie des masques de Lyme donne le vertige : une étude récente relie la maladie d'Alzheimer à la piste infectieuse, dont les Borrelia

A Strasbourg, les médecins et les chercheurs valeureux comme Eva Sapi se sont succédé pour faire le point sur les traitements. Mais on quitte le congrès avec un immense sentiment d’impuissance. Les antibiotiques soulagent, améliorent, mais ne guérissent peut-être pas totalement le Lyme chronique (ce que les autorités sanitaires persistent à appeler "syndrome post-Lyme"). Car les Borrelia sont passées maîtresses dans l’art du camouflage et de la survie. Face à une agression par les antibiotiques ou le système immunitaire, elles sont capables de changer de forme, se cacher au fond des cellules ou derrière des biofilms pour se réveiller brutalement lors d’une baisse de l’immunité. Voilà pourquoi les patients qui ont des symptômes de Lyme ne devraient jamais prendre de corticostéroïdes et d’autres médicaments qui affaiblissent l’immunité. 

Aujourd’hui, ce sont probablement des millions d’Européens et d’Américains qui sont infectés sans le savoir. On signale des tiques un peu partout. En Alsace, certes, mais aussi dans le Centre, maintenant dans les Pyrénées, comme nous le confiait l’un de nos auteurs, Bernard Doutres, dont le frère médecin dans les Pyrénées-Orientales fait face à de nombreux cas.  L’épidémie pourrait se propager de manière fulgurante avec la hausse des températures. Les enfants sont particulièrement menacés. Chez eux, un Lyme peut ruiner un parcours scolaire, et bien plus encore. Lyme pourrait aussi se transmettre par transfusion, par voie sexuelle. Et la bactérie passe de la mère à son enfant.

A Strasbourg, j’ai croisé des chercheurs formidables, des médecins pleins d’empathie et d'abnégation, pauvres petits soldats lancés, sans aucun soutien académique ni gouvernemental, à l’assaut de ce qui pourrait constituer dans les décennies à venir le challenge médical le plus ardu posé à l’humanité.

A Strasbourg, j’ai écouté Richard Horowitz parler de ses patients, de son travail de détective médical, des traitements qu’il tente : des antibiotiques qui marchent ou qui sont en échec, d'autres antibiotiques qui feront renaître les malades à la vie, des plantes, du DMSA contre les métaux lourds... Je lui ai dit combien son travail mérite le respect, combien son livre, qu’il a mis quatre ans à écrire, est brillant et représente d’espoir pour les médecins et les malades.

A Strasbourg, je les ai croisés, ces patients diminués mais dignes, ces malades en béquilles, ces adolescents en fauteuil. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai une pensée pour eux et tous ceux qui suivront, victimes de l’ignorance ou de l’indifférence coupable des autorités de santé. Une guerre est déclarée. Contre les Borrelia, bien sûr, mais aussi contre ces mandarins des ministères qui refusent d'ôter leurs oeillères.

Alors, si les autorités sanitaires restent muettes, voire hostiles, c'est à vous de faire passer le message. Ceux qui souffrent d'une myriade de troubles inexpliqués, qui continuent d'être une énigme pour leur médecin traitant, doivent envisager désormais sérieusement la piste infectieuse. Ceux qui sont en bonne santé doivent redoubler de précautions à l'extérieur, et même dans le jardin en tondant la pelouse ! Ceux qui ont des enfants dans les zones à risque doivent les examiner au retour des escapades, sous la douche ou dans le bain. Ceux qui soignent, qui nous soignent, doivent se former sans délai. Ceux qui décident, dans les ministères et ailleurs, seront bien obligés d'ouvrir les yeux.

C'est dans ces moments que je me dis que mon équipe et moi-même sommes fiers d’être de ce nouveau combat.

P.S. (Nous avons mis en ligne sous forme de test dynamique le questionnaire Horowitz extrait de son livre, qui permet de savoir si vos symptômes evoquent un sYNDROMe INFECTIEUX MULTISYSTEMIQUE (SIMS) ET/OU UNE MALADIE DE LYME. Faites ce test en quelques clics.)  

Retrouvez-moi sur Twitter et Facebook.

Commentaires

Pour donner votre avis, créez un compte ou connectez-vous.

Par mir | le jeudi 12 juin 2014
Que faire en cas de morsure de tique?

Habitant en pleine campagne et ayant 4 enfants je suis régulièrement confronté aux tiques.Que faire en cas de morsure de tique? Est-ce qu'il vaudrait mieux se faire prescrire systématiquement des antibiotiques par un médecin en cas de morsure?

Par Thierry | le jeudi 12 juin 2014
Morsure de tiques

Oui absolument. Antibiotiques dès qu'une morsure est constatée, pour éviter que la bactérie ne dissémine et que la maladie prenne une forme chronique, bien plus difficile à traiter. Si promenades prévues, pantalons bien fermés, passant dans la chaussette, si possible imprégnés d'insectides, couvre-chefs si on va en forêt.

Par Alice85 | le mardi 17 juin 2014
Comment savoir ?

Qui croire, qui voir ? Le spécialiste de Lyme de ma région me dit que je ne l'ai pas, le test idem. Donc, je l'ai pas ? Cela expliquerai pourtant ma SEP non évolutive (voire des lésions qui régressent), des fausses couches tardives à 3 reprises sans explications gynéco, obstétrique ou génétique et malgré des antibios. Bref : Qui croire, qui voir pour un diagnostique et un RDV où on vous prend pas pour une folle?

Par Thierry | le mercredi 18 juin 2014
Qui croire ?

Le test ELISA n'est pas fiable. Le test Western Blot l'est un peu plus. Avez-vous eu les deux tests ? Le diagnostic reste essentiellement clinique. Votre médecin est-il un spécialiste hospitalier référent ou un médecin de terrain membre de Chronimed ? Rien n'empêche un médecin de faire une épreuve thérapeutique : administrer des antibiotiques pour voir si une amélioration intervient. Il faudrait vous rapprocher des associations comme Lyme sans Frontières qui pourraient vous orienter vers d'autres praticiens, et du réseau de médecins Chronimed, ne serait-ce que pour avoir un deuxième avis.

Par Elise | le mercredi 18 juin 2014
Prophylaxie pour la prévention, oui...

...mais existe-t-il un vaccin, aussi?

Rapport avec l'encéphalite à tiques? On confond souvent les deux...

Merci pour votre réponse!

Par Thierry | le jeudi 19 juin 2014
Encéphalite à tiques

L'encéphalite à tiques et la maladie de Lyme sont deux choses différentes; seul point commun : la morsure d'une tique. Mais dans le dernier cas, une famille de bactéries est en cause, dans le premier c'est un virus. Il existe un vaccin contre cette maladie virale, voir ici : http://www.inpes.sante.fr/10000/themes/vaccination/guide-vaccination-201...

Par gabriel | le mercredi 25 juin 2014
mon traitement est-il suffisant?

Piquée par une tique le 8/06/14 je l'ai découverte le 13/06/2014,petite rougeur sans plus.Le 18/06/14 maux de tête épouvantable,courbatures,raideur dans la nuque,ces symptômes m'ont conduites à me documenter sur les piqûres de tiques ,reconnaissant ces symptômes chez le médecin le 19,ça le fait sourire j'insiste pour avoir des antibio alors il me dit "vous n'avez pas l'infection de lyme "je vous les donne en prévention
Prescription doxycycline 100mg,2 le 1er soir puis 1 par jour pendant 8 jours,de moi-même j'en ai pris 2 par jour
j'ai encore aujourd'hui quelques courbatures
-Ai -je bien fait d'augmenter la dose prescrite?
-8 jours suffisent-ils? si non combien de jours de plus?
-Serai-je guérie complètement après le traitement?
Merci pour vos réponses

Par jessie Vialleton | le lundi 15 août 2016
Jess

Trop court et trop faible quantité ! 6g d'amoxicilline par jour pendant minimum trois semaines...

Par 1ao2 | le dimanche 29 juin 2014
trop court

le traitement est trop court
les recommandations de la haute autorité de santé sont de 4 à6 g d'amoxycilline pendant 3 semaines
maux de tête , courbatures , raideurs dans la nuque : vous êtes infectée
votre medecin devrait acheter et lire avec attention le livre du Dr Horowitz ( ed Souccar ) ou se documenter sur France Lyme , il en va de la vie des patients

Par BECK | le jeudi 25 septembre 2014
Je me soigne naturellement de la maladie de Lyme

Bonjour, J'ai été piquée et diagnostiqué Lyme fin Juin de cette année. Etant naturopathe, j'ai recherché le meilleur traitement naturel et est quand même accepté de faire 10 jours d'antibiotiques (que j'ai mal supporté !) sur les 15 jours préconisés par mon médecin. Je viens de refaire une prise de sang, et tous les marqueurs sont presque limite négatifs. Je me suis soignée avec un traitement d'attaque pendant 2 mois : echinacéa, extrait de pépins de pamplemousse, des huiles essentielles (ajowan, cannelle, citron, ravintsara....), bourgeons de cassis, probiotiques, Régulat, gelée royale, draineur foie (pissenlit, artichaut....), basifiant (ergybase), Argent colloÏdal. Actuellement je continue encore gelée royale et argent colloïdal jusqu'à disparition complète sur la prochaine prise de sang j'espère ! La solution est donc de doper vos défenses immunitaires et de détoxiquer l'organisme. Mais il faut le faire dès que possible après l'infection.

Par manona65 | le lundi 19 janvier 2015
Bonjour ma famille et moi

Bonjour ma famille et moi sommes démunies face à la maladie de lyme , les médecins enfin pratiquement toutes les personnes du milieu médical ne croille pas à cette maladie ils disent soit que c'est du beesness ou des trucs comme ça. C'est vraiment agissant parce que nous sommes totalement triste en le voyant comme ça. Il reste au lit ou sinon sur le canapé. En espèrent qu'il y aura quelqu'un qui me répondra. Merci

Par oranaise13 | le samedi 14 mars 2015
salut qui aurait les coordonnées du docteur R.

Mon ami présente les symptômes de la maladie de lyme mais ici sur Marseille aucun médecin n'a réussi à déceler cette maladie....
Je deviens folle
J'attends votre aide....

Par Manou1 | le jeudi 09 avril 2015
Recherche d'un médecin spécialisé dans la maladie de Lyme

Bonjour, depuis 2 ans, instabilité à la marche, station debout prolongée insupportable, intolérance à l'effort et au stress etc... Et pour finaliser intolérance à l'alcool qui accentue les symptômes. Voilà en bref ! Les médecins ne savent pas ce que j'ai. Sportive, je ne cours plus, marche difficile, ouf ! j'arrive encore à faire du vélo.
J'ai fait le test en ligne et je me retrouve dans beaucoup de symptômes. J'ai fait un test Elisa négatif. Quelqu'un pourrait me donner les coordonnées d'un médecin spécialisé dans la maladie de Lyme ? Je suis sur la Haute Vienne mais prête à me déplacer.
Merci

Par Manon67 | le mardi 09 février 2016
Symptomes identiques

Bonjour Manou1, je m'appelle aussi Manon et...je présente exactement les mêmes symptômes que vous depuis 4 ans. En lisant les commentaires du forum, le vôtre m'a vraiment interpellé : c'est la premiere fois que je voyais quelqu'un se plaindre de la même chose que moi.
Pourrions-nous discuter ?

Par Manou1 | le mardi 09 février 2016
symptomes identiques

Bonjour Manon67,
Discuter avec plaisir.
Depuis mon message j'ai rencontré un médecin référent de lyme et il a écarté lyme. Le repos m'aide beaucoup et j'ai parfois des périodes d'amélioration même si l'instabilité à la marche est présente. Les neurologues confirment une ataxie mais d'où vient-elle ? Alors on commence une recherche génétique car ma mère a d'importants problèmes à la marche mais rien ne garantit que cela débouchera sur quelque chose. La perte de l'équilibre à la marche est survenue brutalement suite à la prise d'un médicament le Flagyl. J'ai ressenti un engourdissement de mon corps dès le 2ème jour et j'ai dû l'interrompre le 4ème car j'avais des difficultés à marcher, à parler etc... Alors une intoxication avec des symptômes irréversibles ? Bref voilà une ataxie mais pas de diagnostique précis.

Par Manon67 | le jeudi 18 février 2016
Discussion par mail

Bonjour Manou 1, merci pour cette si gentille réponse.
Je vous ai envoyé un mail à l'adresse que ma fournit le site, nous pourrions y discuter tranquillement.
En espérant que vous alliez le mieux possible.

Par jessie Vialleton | le lundi 15 août 2016
Jess

Merci d'entrer dans le combat, il nous faut faire du bruit, beaucoup de bruit, en espérant faire changer les choses au plus vite. L'avenir de mes enfants, l'avenir de bon nombre de nos enfants en dépend.
Belle semaine à tous

Par Brolli Lucienne | le vendredi 18 novembre 2016
lutkabrolli@gmail.com

J'ai exactement les mêmes symptômes mentionnés dans tous les mails que je lis , le médecin généraliste à l'air de me prendre pour une folle ,
J'ai des douleurs partout qui circulent , et en 2ans j'ai fait 4 infections urinaires qui disparaissent quand je prends des anti-biotiques , et reviennent règulièrement , je ressens une immense fatigue que je ne m'explique pas , des insomnies , toutes les nuits debout à 4 h du matin avec maux de tête et palpitations , je suis découragée , car personne ne me croit , pas même les médecins , j'aimerais prendre contact avec l'association , pour essayer de comprendre ce qui m'arrive , car cela dure depuis des mois , merci de me répondre Lulu

à propos de l'auteur

Journaliste scientifique, auteur de 15 livres de vulgarisation sur la santé, fondateur de Thierry Souccar Editions. En charge des questions de santé à Sciences et Avenir pendant 15 ans, il a créé LaNutrition.fr, premier site d’information francophone indépendant sur l’alimentation et la santé. Membre de l'American College of Nutrition depuis 2000. C'est un passionné d'histoire des arts et des sciences, de paléontologie, peinture, aviation légère, littérature, musique classique et country/bluegrass. Il vit, écrit et peint dans le midi de la France. Il a deux fils, Paul et Louis. 

Suivez Thierry Souccar sur Twitter et Facebook 

Lire aussi