Échec d'une chirurgie de l'obésité

Échec d'une chirurgie de l'obésité

Entre tabou et réalité...

Pour ce nouvel article, je reprends encore une fois le chemin d’un sujet qui me passionne : la chirurgie bariatrique. Cette fois, ayant eu le temps de réfléchir et de mûrir par rapport à mon parcours professionnel, je vais tenter de vous livrer mon sentiment profond sur LA question lancinante de tous les opérés (futur ou ex !) : peut-il y avoir des échecs et combien cela peut-il représenter ?

Cette question, je l’ai entendue plusieurs fois par jour pendant presque 6 années. J’ai tenté d’y répondre avec toute la sincérité dont j’étais capable mais je n’ai jamais vraiment été sûre de ce que j’avançais. Des patients en échec, j’en ai vu et suivi, je les ai accompagnés du mieux que je pouvais mais cela reste un point noir malgré tout. Certains ont rebondi, d’autres non et ont continué de s’enfoncer dans cette spirale infernale. Je vais essayer d’en évoquer ici toutes les raisons qui me semblent plausibles, en précisant bien que l’échec n’est pas une fatalité et qu’à côté de cela il y a beaucoup de personnes qui réussissent et qui vont très bien, même au bout de plusieurs années ! Donc, avec un sujet aussi délicat, prenez assez de recul pour analyser ce qui suit.

D’abord des chiffres, pour faire un peu le point sur ce que nous savons :

- Nous avons plus de 10 ans de recul sur les by-pass (BP) et entre 5 et 10 ans pour les sleeve (S). Je ne mentionne pas les anneaux car il a été prouvé que 50 % des patients qui en portent un sont en échec, malgré que certaines équipes en posent encore largement.

- 30 à 50 % des patients opérés sont perdus de vue par les équipes chirurgicales et médicales, encore plus lorsqu’il y a une reprise de poids et que le patient culpabilise à mort de revenir affronter l’équipe, qui n’est là que pour l’aider et non l’envoyer à l’échafaud !

- Entre 2 et 6 ans après la chirurgie : les patients peuvent reprendre jusqu’à 30 % du poids qui a été perdu (soit 10 kg pour 30 kg perdus par exemple). Ce chiffre peut faire trembler mais c’est la vérité et il n’est pas rare de voir des personnes reprendre TOUT le poids perdu (30, 40 ou 50 kg !).

- Pour un BP, au-delà de 5 ans, on constate 20 à 25 % d’échecs dus à une reprise pondérale principalement.

- Le RGO (reflux gastro-œsophagien) reste présent pour environ 25 % des patients opérés et nécessite un traitement au long cours.

- 30 % des patients présenteraient, à la base, un trouble du comportement alimentaire et celui-ci ne disparaitrait pas avec la chirurgie. Au contraire, il réapparaitrait, après la « lune de miel » (les 2 premières années environ, parfois moins) et tendrait à s’amplifier s’il n’est pas résolu avec une aide psychologique et diététique appropriée.

- Au-delà de 8 ans, les problèmes psychologiques (troubles alimentaires, dépression, etc.) sont très fréquents et plus importants qu’au début (s’ils étaient déjà présents). Malheureusement, ils peuvent aboutir à des hospitalisations en psychiatrie ou au suicide, autre sujet tabou dans cette démarche.

- Enfin, après une 2e reprise chirurgicale, 1 % des patients resteraient en obésité et ne perdraient plus du tout de poids.

Au regard de ces quelques statistiques peu encourageantes, je vous propose quelques explications possibles pour justifier ces résultats :

- Tout d’abord, je pense que l’échec reste un sujet sensible aussi bien pour les équipes chirurgicales et médicales que pour les patients ; les uns ne voulant pas décourager ou démotiver ; les autres ne voulant pas forcement admettre la vérité (si, si, je vous assure !). Il est aussi facile de ne pas arriver à en parler franchement comme de ne pas vouloir entendre la réponse à cette question ! L’honnêteté n’est pas un luxe dont on peut se passer dans cette situation et chaque prétendant à la chirurgie doit pouvoir affronter la réalité telle qu’elle est. Cela peut demander un travail sur soi, en étant accompagné bien-sûr.

- Pour une part importante de patients, nous sommes encore dans l’éternel schéma de « l’opération miracle pour ne plus être gros » et enfin sortir de tous les problèmes personnels quotidiens (travail, famille, vie amoureuse, regards des autres et de la société, pathologies, soucis vestimentaires, etc.). Cela ne règle rien, c’est un fait. On l’a dit, redit et re-redit maintes fois mais cet idéal perdure encore et toujours. Cette chirurgie peut aider à condition d’avoir envie de changer ! Rien n’arrive seul sans effort dans la vie, pour qui que ce soit ! Et les efforts, cela demande de l’investissement, de l’énergie et une bonne dose de connaissance de soi. Il existe de multiples moyens de se faire aider, sous pas mal de formes, différentes d’une thérapie classique (pour ceux qui seraient inquiets de se retrouver face à un « psy », souvent nécessaire j’en conviens). N’oublions pas non plus qu’en imposant de tels changements, elle fragile chacun des opérés. Même si l’on se croit à l’abri, beaucoup de choses du passé peuvent remonter à la surface et perturber un équilibre que l’on croyait solide. Si l’on insiste autant sur cette aide, c’est qu’il y a une très bonne raison !

- Même si je n’ai jamais vraiment trouvé d’explication concrète, mon expérience m’a montré que l’organisme, et notamment le métabolisme, s’adapte à la chirurgie de façon extrêmement pointue. Si, au départ, ce bouleversement d’absorption et de digestion fonctionne très bien, il ne faut pas oublier que nous sommes en permanence programmés génétiquement pour épargner et que donc, au terme de plusieurs années, cette économie d’énergie peut se remettre en place, surtout si elle est associée à un suivi médical aléatoire. L’équation est simple : métabolisme à l’économie + alimentation un peu moins équilibrée + activité physique ralentie = poids qui fluctue ! En effectuant cette opération, il ne faut pas oublier que nous ne supprimons pas la problématique (ce serait bien trop simple !), nous essayons de contraindre l’organisme à s’adapter autrement et il excelle à ce jeu-là. Parfois pas comme nous le souhaiterions. Et il est difficile de lutter contre lui une fois tombé dans cet engrenage…

- Enfin, et je vais encore me répéter, le suivi A VIE reste et restera essentiel dans la réussite de cette démarche. Si vous n’êtes pas un tant soit peu assidu, vous allez à l’encontre de problèmes , vous le savez tous très bien. Et je peux vous dire que cela se vérifie très souvent malheureusement ! Je sais que certains pensent que j’ai tort, que pour eux « ce n’est pas de leur faute »… Dans une infime partie des cas peut-être ! Mais soyons réalistes : beaucoup d’entre vous sont dans le déni de la problématique (pour reprendre le terme de psychologie). Celui-ci est un des mécanismes de défense les plus fréquents. Et si vous ne souhaitez pas vous faire aider, personne ne le fera pour vous ! Si vous rencontrez des difficultés, si vous avez besoin d’écoute, de soutien, revenez vers votre équipe de soin. Si elle n’est pas en mesure de vous aider correctement, il existe des associations de patients pour vous donner de bonnes adresses, l’avis de votre médecin généraliste,… La chirurgie de l’obésité est en pleine expansion (pour ne pas dire explosion !) et les ressources de plus en plus nombreuses. Impossible alors de se trouver une excuse pour ne pas trouver une solution…

Quoi qu’il en soit, quelle que soit votre situation, faites les choses pour vous et dans un seul but : accepter d’être ce que vous êtes entièrement, acceptez d’arrêter de malmener ce corps si longtemps votre ennemi pour en faire un allié, peut-être pas comme dans votre idéal intime, mais du moins plus comme un adversaire à combattre. Et si vous n’êtes pas (ou plus !) dans ce cercle vicieux de poids, d’obésité, de chirurgie, dites-vous alors que vous êtes chanceux et riche d’être en paix avec vous-même, ne serait-ce qu’un tout petit peu…

Commentaires

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Par Elbereth-de-Lioncourt | le dimanche 18 juin 2017
merci

Cet article est fort utile et m'aide a comprendre ce qui m'arrive. La questio es maintenant : comment faire pour stopper la prise de poids et briser ce cercle ?

Par ES | le lundi 30 octobre 2017
Désolé pour cette réponse si

Désolé pour cette réponse si tardive. Ce que je vais vous dire ne va certainement pas vous satisfaire : il faut attendre le bon moment, le "déclic". On peut souffrir, être vraiment mal et vouloir à tout pris sortir de ce cercle vicieux infernal et ne pas être prêt. Il peut s'agir aussi de rencontrer la bonne personne ou de faire face à un événement difficile qui nous permette de nous remettre en question et d'avancer (accident, deuil,...). je n'ai pas de réponse précise à votre question. je ne peux que vous livrer ma conviction intime liée à ma propre expérience. Courage!

à propos de l'auteur

J'ai su très tôt que je voulais aider les gens à préserver ou retrouver leur santé. Peut-être parce que cela faisait écho à quelque chose de profond en moi... Restait à trouver dans quelle spécialité. J'avais envisagé la kinésithérapie et l'ostéopathie mais la diététique a été plus forte que tout!

Diététicienne-Nutritionniste depuis 2005, j'ai travaillé en libéral, en psychiatrie (TCA, addictologie, dépressifs, psychotiques,...) et en gériatrie. Très intéressée aussi par la nutrithérapie, je collabore avec le laboratoire français NUTERGIA qui m'a formée aux grands principes de soins par les nutriments, déjà partie intégrante de métier. De 2009 à 2015, j'ai travaillé dans une clinique privée de la banlieue toulousaine où je m'occupais en particulier de patients opérés d'une chirurgie de l'obésité, au sein d'une équipe pluridisciplinaire. Je réalisais des ateliers d'éducation thérapeutique avec eux afin de bien les préparer à leur nouveau rythme alimentaire. Je prenais également en charge des patients atteints de cancer et traités en chimiothérapie, des patients en soins palliatifs, des dialysés, des patients ayant subi une chirurgie digestive, des patients en réanimation, ... etc. Cette diversité de cas m'a permis d'en apprendre toujours plus à leurs côtés, aussi bien d'un point de vue professionnel qu'humain.

Depuis plusieurs années, je m'intéresse particulièrement à la psychologie, la psychanalyse et toutes les formes de thérapies qui en découlent. Grâce au yoga, j'en suis venue à m'essayer à la méditation de pleine conscience, que je pratique régulièrement afin de développer ma spiritualité. J'ai ainsi découvert d'autres techniques psycho-énergétiques qui influencent positivement ma vie : EFT, Ho'oponopono, magnétisme, communication intuitive, ... Curieuse et passionée, je continue à lire, voir et expérimenter toute sorte d'approches holistiques comme la médecine intégrative.

Passionnée par les animaux, la Nature et cavalière depuis 25 ans, j'aime randonner et découvrir ma région sur le dos de mon cheval. Je m'intéresse beaucoup à l'équithérapie (soin psychique médiatisé par le cheval et dispensé à une personne dans une dimension psychique et corporelle, définition de la SFE) et à la zoothérapie/médiation avec les animaux, parce que j'estime qu'ils représentent une piste d'avenir pour l'être humain, en tant qu'accompagnateurs et thérapeutes.

Après une période de remise en question concernant mes attentes et mon avenir professionel, je poursuis mes projets d'écriture (concours de nouvelles, poèmes, roman) et continue d'en apprendre davantage dans ce domaine. Ce temps de réflexion m'a permis de m'orienter vers l'enseignement afin de pouvoir transmettre tout ce que j'ai pu apprendre sur le terrain pendant ces années. J'ai repris mes études en Master MEEF avec joie et apprehension et décidé de passer un concours de l'enseignement, que j'ai réussi en juin 2016. Une nouvelle voie professionnelle, en continuité avec mon coeur de métier, s'ouvre à moi et de nouveaux domaines de connaissances me passionnent comme les sciences de l'éducation, la recherche, l'éducation à la santé. 

Pour me contacter : esentenac.dietnutri@gmail.com

Page FB : Elodie Sentenac Diététicienne Nutritionniste

Twitter : @ElodieSentenac

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