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Par Julien Venesson

La vitamine B9 sous forme d’acide folique augmente le risque d’adénome et de polypes du côlon

Quand on parle de « vitamine B9 » on pense à l’acide folique. Pourtant, ce n’est pas synonyme car l’acide folique est une forme synthétique de vitamine B9 qu’on trouve dans certains compléments alimentaires bas de gamme mais pas dans les aliments; où la vitamine B9 est présente sous forme de « folates ». La vitamine B9, qui regroupe […]

Quand on parle de « vitamine B9 » on pense à l’acide folique. Pourtant, ce n’est pas synonyme car l’acide folique est une forme synthétique de vitamine B9 qu’on trouve dans certains compléments alimentaires bas de gamme mais pas dans les aliments; où la vitamine B9 est présente sous forme de « folates ».

La vitamine B9, qui regroupe plusieurs molécules de folates, intervient dans la synthèse, la réparation et la méthylation de l’ADN. Elle est importante pour la formation des globules rouges et le fonctionnement des systèmes nerveux et immunitaire.

D’après l’Anses, les apports quotidiens optimums en vitamine B9 s’élèvent à 330 µg/jour chez les adultes, mais de 440 µg/jour chez les femmes en période péri-conceptionnelle, c’est-à-dire huit semaines avant et huit semaines après la conception d’un enfant. Une carence en vitamine B9 en début de grossesse peut conduire à de graves conséquences pour le fœtus, comme des anomalies de développement (spina bifida).

Mais depuis plus d’une dizaine d’années, les compléments d’acide folique sont suspectés de favoriser des cancers. Concernant le cancer colorectal, l’acide folique jouerait un double rôle : d’un côté, il préviendrait la cancérogenèse avant l’apparition de la tumeur, mais de l’autre côté, une fois qu’une lésion a démarré il favoriserait la progression de la tumeur. Cet effet néfaste a été démontré, entre autres, dans une étude américaine qui a fait l’objet de plusieurs publications, dont la plus récente en août dernier. Voici le déroulé des événements.

Un essai clinique interrompu à cause du risque de cancer

Entre 1994 et 1998, l’essai clinique du programme « Aspirin/Folate Polyp Prevention » a recruté, aux États-Unis et au Canada, 1.021 personnes qui avaient un adénome. Un adénome est une tumeur bénigne colorectale, ou polype, qui risque d’évoluer en tumeur cancéreuse à long terme.

Au départ, l’idée des chercheurs était de tester une complémentation en acide folique, pour savoir si elle réduirait le risque d’apparition de nouveaux polypes à la coloscopie suivante. 516 personnes ont pris 1 mg par jour d’acide folique et les autres un placebo, avec ou sans aspirine (81 mg ou 325 mg par jour). L’aspirine a été utilisée car elle est connue pour diminuer légèrement le risque de cancer colorectal à long terme et à petites doses (1).

L’expérience aurait dû s’arrêter au bout de trois ans, à la coloscopie suivante. Mais les premiers résultats n’ont montré ni effet positif ni effet négatif de la complémentation en acide folique sur trois ans (2). Les chercheurs ont donc décidé de poursuivre l’étude plus longtemps, jusqu’à la coloscopie suivante, pour trois à cinq années supplémentaires.

987 patients avaient terminé cette première étape. Parmi eux, 729 ont accepté de continuer à prendre l’acide folique ou le placebo, tandis que 197 ont préféré être simplement suivis et 61 sont sortis de l’étude. Les chercheurs avaient prévu d’arrêter l’essai au 31 décembre 2006. Mais ils ont constaté une augmentation du risque de polypes avec l’acide folique. Ils ont donc décidé d’arrêter prématurément l’expérience, à savoir en octobre 2004. La complémentation avec l’acide folique qui semblait aussi augmenter le risque de cancer de la prostate a donc été arrêtée. Mais l’histoire de cet essai clinique va continuer quand même.

Une augmentation du risque d’adénome au bout de 6-7 ans

161 personnes ont terminé le second intervalle de surveillance après octobre 2004, et n’avaient pas été prises en compte dans la première analyse publiée. C’est pourquoi, dans un nouvel article paru en août 2019, les chercheurs ont réévalué le risque de polypes dans le second intervalle de surveillance en ajoutant les données de ces 161 patients (3). Globalement, pour cette nouvelle analyse, la durée du suivi a été de 7,3 ans et la durée du traitement de 6,2 ans.

Avec toutes ces données, les auteurs ont observé que 36 % des personnes du groupe placebo et 43 % des personnes qui avaient pris l’acide folique ont eu une nouvelle néoplasie colorectale à la fin du second intervalle de surveillance. De plus, concernant les adénomes dentelés sessiles, des polypes qui sont à l’origine de cancers du côlon, le risque était presque double avec l’acide folique (+94%)  !  

Le suivi a continué des années après l’arrêt de l’acide folique. Fort heureusement, une fois que le traitement est arrêté, les patients n’ont plus de risque accru de polype : l’effet de la complémentation s’arrête quand on stoppe le traitement. De même le risque de cancer de la prostate s’atténue et devient moins significatif.

Un complément à prendre avec précaution

En conclusion de ces travaux, on peut dire que le risque de polype est accru chez ces patients avec une complémentation en acide folique de six à sept ans. La complémentation en acide folique ne devrait donc pas être recommandée en prévention du cancer colorectal, comme le soulignait déjà une publication en 2008 (4). Pour l’Anses, la consommation de plus de 1 mg par jour d’acide folique sous forme de compléments doit se faire sous surveillance médicale.

Le problème est que certains aliments industriels, comme les céréales du petit déjeuner pour enfants, sont enrichis en vitamine B9 synthétique, si bien que beaucoup de personnes en absorbent de cette façon. Or il faut distinguer l’effet de la vitamine B9 synthétique de la vitamine naturelle. Comme nous l’expliquions dans un autre article, l’acide folique des compléments alimentaires est converti par l’organisme en tétrahydrofolate. Mais une partie de cet acide folique reste intact et peut s’accumuler dans l’organisme avec potentiellement des effets néfastes, comme nous venons de le voir dans le cas des cancers colorectaux et de la prostate. Pour ces raisons, les apports en vitamine B9 naturelle sont préférables.

Cette vitamine B9 sous forme de folate se trouve dans les aliments comme le foie, le jaune d’œuf, les haricots rouges, les lentilles, les pois chiches, les asperges, les brocolis… Mais cette vitamine est fragile et disparaît rapidement quand on chauffe les aliments c’est pourquoi les déficits sont très fréquents, y compris chez les personnes qui « mangent de tout ».

Le déficit en vitamine B9 chez l’dulte provoque notamment de la déprime et de la dépression (5)

Attention avec les compléments alimentaires

L’autre source d’exposition principale à la vitamine B9 sous forme d’acide folique reste les compléments alimentaires de toutes sortes dans lesquels cette vitamine est souvent présente : compléments multivitamines, compléments de fer, produits contre les douleurs, etc.

Il faut donc faire attention et lire les étiquettes des compléments alimentaires. Les produits de qualité ne contiennent normalement pas d’acide folique mais de la vitamine B9 naturelle sous forme de folates : méthyltétrahydrofolates, méthylfolates, etc.

Références   [ + ]

1. Cao et al. Population-wide Impact of Long-term Use of Aspirin and the Risk for Cancer. JAMA Oncology. 2016.
2. Cole et al. Folic acid for the prevention of colorectal adenomas: a randomized clinical trial. JAMA 2007.
3. Passarelli et al. Folic acid supplementation and risk of colorectal neoplasia during long-term follow-up of a randomized clinical trial. American Journal of Clinical Nutrition. 2019.
4. Kim. Folic Acid Supplementation and Cancer Risk: Point. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention. 2008.
5. Gilbody S, Lightfoot T, Sheldon T. Is low folate a risk factor for depression? A meta-analysis and exploration of heterogeneity. J Epidemiol Community Health. 2007 Jul;61(7):631-7.

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