Entretien

Sylvie Royer : La marche afghane est une sorte de « yoga de la marche »

Sylvie Royer : La marche afghane est une sorte de « yoga de la marche »

Sylvie Alice Royer est l'auteure de La marche afghane pour tous. Elle explique dans cet entretien en quoi consiste cette pratique, à qui elle est destinée et quels bénéfices on peut en attendre.

Comment avez-vous découvert la marche afghane ?

Vers mes 30 ans, je suis allée voir une acupunctrice pour des problèmes de circulation sanguine, pieds et mains froids. C'est elle qui m'a fait découvrir le livre d'Édouard G. Stiegler, le concepteur de la marche afghane dont la pratique amène à une oxygénation supérieure. Comme j'étais déjà une grande marcheuse et constatais chez-moi, depuis l'enfance, une gêne à respirer librement, j'ai tout de suite essayé. En procédant par essais/erreurs, j'ai poursuivi mes efforts grâce à de purs moments de grâce et maintenant cela fait plus de 30 ans que je marche ainsi. La marche afghane fait désormais partie intégrante de mon hygiène physique et mentale. J’en ai besoin. 
 

Comment définissez-vous cette marche, en quelques mots ?

En restant à un niveau purement technique, on peut dire qu'il s'agit simplement de synchroniser la respiration sur les pas selon des rythmes liés à la topographie ou l’objectif de la marche.
 

Vous décrivez différents rythmes, plusieurs manières de synchroniser la respiration sur ses pas. Pourquoi ?

Le rythme qu'a identifié Édouard G. Stiegler chez les nomades qu'il a observés en Afghanistan est le rythme 3.1/3.1 : 3 pas sur l'inspire, 1 pas de rétention de la respiration poumons pleins, 3 pas sur l'expire, 1 pas de rétention de la respiration, poumons vides. C'est le rythme de base utilisable n'importe quand sauf en cas d'effort physique. Dans ce dernier cas, on utilisera plutôt un rythme plus court, sans pause, le 2.0/2.0 (2 pas sur l'inspire, 2 pas sur l'expire). Ces deux rythmes suffisent déjà à faire apprécier le potentiel de la marche afghane même si j'en présente bien d'autres dans le livre.
 

Combien de temps faut-il pour maîtriser la marche afghane ?

Le rapport au souffle est très intime donc cela dépend d'où on part. Cela peut être rapide ou prendre du temps. En général, un atelier intensif d’un jour permet de bien comprendre et expérimenter la technique et il suffit juste après de pratiquer. C’est la récurrence de la pratique qui va nourrir le nouveau et favorable réflexe respiratoire.
 

Justement, est-ce qu'au bout d'un moment le corps est tellement habitué qu'il n'y a plus besoin de compter ?

Au début on compte mentalement, et compter aide à rester concentré. A terme, dans le cadre d’une pratique suivie, il ne sera plus nécessaire de compter, car l’intelligence du corps prend le relais et impulse le bon rythme au bon moment. Cela dit, il n’est pas inintéressant de calmer le « hamster » du mental en comptant ses pas. Je le fais encore avec plaisir après toutes ces années. 
 

Quels sont les bénéfices santé de cette pratique ?

Selon la cadence du marcheur, la marche afghane peut être une activité physique de modérée à tonique. Comme toutes les activités qui stimulent le cœur, elle a des effets sur la circulation sanguine, mais aussi lymphatique par le mouvement des membres et la respiration profonde et bien sûr sur le système musculaire. Elle améliore aussi la posture (les épaules s'ouvrent, le corps et la tête sont plus en équilibre...), l'harmonisation entre cerveau droit et cerveau gauche et permet de contrer le stress par ses effets sur le système nerveux autonome. Par défaut le marcheur afghan entre dans un état qui s'apparente à celui de la cohérence cardiaque. C'est pour cela que j'appelle aussi la marche afghane « le yoga de la marche ».
 

Ce « yoga de la marche » peut-il s'apparenter à d'autres pratiques connues ?

En marche afghane, idéalement on initie la respiration à partir du diaphragme pelvien, comme en Taï Chi ou en Qi Gong. C'est ce qui permet à la respiration d’être profonde et selon le rythme de se faire plus ou moins ample. On peut aussi l’associer au pranayama en yoga excepté que les rétentions de souffle sont beaucoup plus courtes dans la marche.
 

Où pratiquer ? Dans la nature ou en ville ? Combien de temps ?

C'est une marche naturelle donc elle se pratique n'importe où. Comme elle permet une meilleure oxygénation, le meilleur endroit reste la nature. Mais cela n'empêche pas la marche urbaine ou périurbaine, par exemple pour se rendre au travail.
20-30 minutes de marche sont suffisantes pour en tirer des bénéfices. 
 

Qui est concerné par la marche afghane ?

Tout le monde. Cette marche s'adapte à la condition physique de chacun. Une personne âgée adaptera simplement sa respiration sur la vitesse plus lente de ses pas, en l’occurrence en utilisant un rythme court, voire avec une expiration plus longue que l’inspiration. Tout le monde (ou presque) marche et dans n'importe quelle situation ou position, adopter un rythme respiratoire équilibré permet déjà d'apaiser le stress. Certaines personnes utilisent des rythmes respiratoires lents contre les insomnies par exemple : 4.2/4.2, 4.1/4.1 et 4.0/6.0. Ou pour rester concentré lors de trajets longue distance en voiture. D'autres personnes voient la marche afghane comme une forme de méditation active, notamment celles qui ont du mal à méditer assises en lotus. Cette pratique a un grand potentiel de présence à soi, d'expansion de conscience, petit à petit. Respirer est tellement banal qu'on ne s'en occupe pas beaucoup. Pourtant l'oxygène est notre nourriture première et respirer de façon juste permet littéralement de mieux se nourrir.
 

Je vais au bureau à vélo. Puis-je adapter la marche afghane à ma pratique du vélo ?

Oui, mais il faudra adopter un rythme différent, de type 3.0/3.0 ou, si l'effort est important, 2.0/2.0. Certaines cyclistes m’ont confié utiliser avantageusement lors d’effort continu les rythmes 2.0/3.0 ou 3.0/4.0. La marche afghane peut être facilement utilisée dans n'importe quelle activité qui, comme la marche, concernent l'équilibre cerveau droit/cerveau gauche : vélo, jogging, kayak... Cela dit, il est important de considérer l’apprentissage progressif de la respiration rythmique, notamment  nasale, en marchant avant de l’employer avec bénéfices pour d’autres activités toniques.
 

Faut-il marcher tous les jours ?

Marcher, c’est tout simplement naturel. La marche afghane devient rapidement un mode de vie, donc idéalement la pratique est quotidienne. Je remarque que beaucoup de gens n'osent pas prendre soin d'eux. La marche afghane est chez moi un rituel quotidien comme l’hygiène nasale afin de respirer à l’aise et le brossage à sec de la peau qui est aussi lié à l’oxygénation du corps. En effet chaque matin, avant la douche, je prends le temps de me brosser le corps. C'est une façon de se dire «je t’aime» sans attendre que quelqu'un d'autre le fasse : tous les jours une caresse pour soi. Sans compter les autres bénéfices bien-être du brossage à sec. Je m'intéresse aussi beaucoup à la nutrition et l’alimentation vivante. Je teste et développe son potentiel depuis plus de 15 ans. Et j'aime rire ! J'ai la chance d'avoir un compagnon avec lequel je ris beaucoup. Pour moi, c'est ce qui est simple qui est important. Et c'est ce que l'on fait tous les jours qui a le plus d'impact sur la vie. Il faut faire de petites choses, régulièrement. Alors le résultat est grand !
 
Propos recueillis par Priscille Tremblais.
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